vendredi 22 juin 2007

La fracture numérique aura bien lieu

Vu dans le TGV le mois dernier.

Assis en seconde, descendant dans le sud, j’avais mon iPod sur la tablette et Le Monde entre mes mains. Mon voisin, lui, lisait Les Echos entre deux coups de téléphone avec sa boite (entreprise maritime) situé à Marseille.
Nous voguions gaiement à 300km/h mangeant de l’article de presse avec un zest de musique pour ma part.

Profitant d’une pause dans mon écoute, mon voisin m’interroge sur ce petit engin que je manipule avec un doigt.
« Excusez-moi monsieur, je regarde ça depuis tout à l’heure, mais c’est quoi votre truc ?
- À ça, c’est un baladeur MP3, un iPod, le numéro 1 des ventes.
- Ça marche comment ?
- Vous avez un ordinateur ?
- Oui
- Ba, pour faire simple, c’est comme un petit ordinateur. Vous stockez des fichiers musicaux dedans. Elles se classent toutes seules par artiste / album / genre…Là, j’ai un 4Go, je peux stocker environ une semaine non stop de musique. Après ça fonctionne comme un walkman traditionnel sauf qu’on utilise la petite molette comme ça pour choisir ses morceaux.Ensuite vous mettez les écouteurs et vous écoutez la musique
- Ah…bien, mais comment met on la musique dedans ?
- Avec votre ordinateur. Soit vous achetez la musique en ligne et vous la mettez ensuite dans votre baladeur, soit, plus simple, vous importez de la musique de vos CD. Vous les enregistrez dans votre ordi puis vous les transférez dans votre baladeur.
- A très bien. Mais on ne peut pas écouter de musique classique alors ?
- Ah si, il vous suffit d’enregistrer la musique classique que vous avez sur vos CD sur votre ordi et puis hop, vous le mettez dans votre iPod !
- Ahhh…D’accord…
- C’est comme un mini ordinateur, vous mettez ce que vous voulez, la Callas, du Brassens, du Bob Dylan
- Et on peut vraiment mettre du classique ? »

L’espace d’un moment, j’ai cru que ce brave homme, une petite cinquantaine, niveau de vie aisé, bon niveau d’étude, se foutait royalement de ma gueule.
Mais non, il était on ne peut plus sincère. Voilà, l’image qu’avait cet homme de la musique en ligne. C’était de la variété, de la pop, de la soul (ce qu’on voit sur les pub iPod) mais en tout cas pas de classique.

Bref, la fracture numérique, si chère à notre précédent président est bien plus grande que prévue. Nous voilà beaux, 8h par jour devant un ordi, à bouffer du flux RSS, on oublirait presque que le monde n’est pas comme nous !

Merci Monsieur pour cette prise de conscience !

1 commentaires:

Benoît Curinier a dit…

Trés bel article, il est toujours trés intéressant de discuter avec ses voisins dans le train.

La musique classique en ligne devra faire sa révolution culturelle numérique pour que le grand public ne garde pas dans l'esprit que la musique classique et faites par des personnes décédées et qu'elle n'est pas compatible (à tous le sens du mot) avec les nouvelles technologies.