vendredi 27 juillet 2007

Fac B – Les niches dans l’arène


Deuxième volet d’analyses des chiffres des deux premiers trimestre 2007 par l’Observatoire de la musique.


1 – La place des indépendants

Voilà une demi-surprise dans les deux bilans des deux premiers semestres 2007. Une progression des indépendants progressant de 20,9 à 22,01%
Explication : Cette année, malgré les belles performances de Naïve, Pias et Wagram, il n’y a pas eu de « hit » chez les indépendants. Pas de Carla Bruni à 1 000 000 d’unités, pas de coffret Mozart à 100 000 unités en 5 mois mais de bons disques faisant leur bonhomme de chemin comme Les Rita Mitsouko (Wagram) Pink Martini (Naïve), Aaron (Discograph), ou Artic Monkey (Pias)…
Par contre, la place des indépendants dans le classique, le jazz et la musique du monde est en pleine croissance, et donc, sur la moyenne, cela suffit pour avoir une augmentation générale de la part des indépendants.


L’écart premier / second semestre 2007
En six mois, la tendance se déssine. La part d’indépendant passe de 41,3 à 42,4% en classique, de 30,6% à 37% en jazz/blues et de 52,5% à 61,3% en musique du monde. Explosion des indépendants ou recul des marjors ? On remarque que les majors sont omniprésentes dans les charts de ces trois catégories. Quelques indépendants viennent troubler le top 10 comme par exemple Harmonia Mundi avec Alexandre Tharaud et Abeille Musique avec son coffret Chopin pour le classique.

En analysant un peu plus les données de l’Observatoire de la musique, malgré une omniprésence des Majors dans les Charts (c’est une tradition) les indépendants occupent la plus grande place de ces secteurs dit « de niche » car pas « tout public ». Plus de références moins vendues donnent plus de volume que moins de références vendues plus, logique. On peut noter donc une augmentation de la production Indépendante face à un recul de l’offre des majors.

Le nombre de références vendues à au moins une unité, soit 194 176, est en augmentation de +5% par rapport au 1er trimestre 2006.
Le nombre de références vendues à au moins une unité, soit 177 229, est en augmentation de +4% par rapport au 2ème trimestre 2006.
Malheureusement, impossible de savoir à quelle hauteur les majors reculent en termes d’offre dans ces catalogues (baisse des fonds de catalogue) illustrée par la recrue d’essence des rééditions d’album de majors par des indépendants. L’augmentation de la part de marché des indépendants se réalise donc en partie pour les secteurs de niche.
Malgré la théorie de la long Tail, on ressent un recul des majors dans l’exploitation du fond de catalogue. Attitude logique si ces entreprises souhaitent appliquer la théorie de l’anglais sur le numérique : créer un manque sur le support physique pour orienter le public vers le choix infini du numérique. Toutefois, pour l’instant, l’offre sur plateforme légale ne va pas (encore) dans ce sens…

2 – Le recul des GSA


La nouveauté de cette année 2007 sera le recul des GSA (grande surface alimentaire) qui vont perdre l’étiquette de premier disquaire de France. En valeur c’est déjà fait, la perte de la première place en volume est à prévoir pour les mois à venir.

A cela, on peut poser deux causes à ce recul. L’augmentation des GSS (Grande surface spécialisée) avec l’ouverture de centre Culturel Leclerc et d’autres enseignes (nouvelles Fnac, Cultura) en zone péri-urbaine.
Avec une baisse des ventes très fortes ces dernières années, le CD n’a plus la valeur ajoutée des années 90 pour les grandes surfaces. Sa fonction produit d’appel est remplacée par le DVD mais aussi les jeux vidéo (en pleine explosion actuellement avec un choix de jeux et de console digne de la grande époque) mais aussi la place plus importante accordée à la High tech (écran plasma, baladeur MP3, ordinateurs…)
Là encore, ce n’est pas une nouveauté. L’augmentation de part de marché des GSS se fait en symbiose avec le changement de politique de son leader, la Fnac, qui tend vers une stratégie de grandes distribution tant sur sa négociation avec ses fournisseurs que sa stratégie commerciale. Le plus significatif est plus bas…
La décroissance la plus marquée est relevée pour le canal « autres » (VPC, disquaires, petites librairies…) dont les ventes accusent une baisse de -27,4% en volume et de -29% en valeur. Ce canal ne représente plus que 5,8% des ventes de CD audio en volume et 6% en valeur, en retrait respectivement de -0,8 et -1,1 point par rapport au 2ème trimestre 2006.
En résumé, plus de productions dues à une augmentation de l’offre des indépendants dans les secteurs de niches ; En contre partie, les magasins sont en baisse (de – 22,9% en volume et –18,5% en valeur pour les GSA et –10,4% en volume et –12,8% en valeur pour les GSS).

Baisse de valeur plus importante que la baisse de volume pour les GSS ?
Ça voudrait dire que la baisse des ventes serait compensée par des ventes sur « opé » à prix sacrifiés. Théorie plus que plausible au regard des rayons des GSS tout au long de l’année avec les prix verts, rouges et de toutes les couleurs de l’arc en ciel.

Pourtant, avec la baisse de vendeurs alternatifs et indépendants, les GSS sont les principaux points de ventes pour les secteurs de niche avec respectivement 69,6% du classique, 73,2% en Jazz/blues et 70,4% en Musique du monde.

En conclusion, le principal vendeur de disques indépendants (devenu leader par la non participation des GSA et la disparition des disquaires) détient dans ses bacs l’avenir de la production indépendantes mais tend, en réponse au marché, vers une politique de grande distribution peut compatible avec une offre de niche.
En clair, les secteurs de niche sont dans l’arène, au côté de Christophe Willem, Tokio Hotel et Fatal Bazooka !

0 commentaires: