vendredi 10 août 2007

Un disque bio s’il vous plait


Au grand jeu Viva Musica des comparaisons improbables, aujourd’hui, l’industrie du disque se compare sur à …l’agriculture. A ma droite donc, une industrie du disque qui vit une crise sans précédent, baisse des ventes, baisse de l’offre dans les points de ventes, augmentation d'enregistrement d'album et concurrence entre le support phare et lucratif, colonne vertébrale du marché, le physique et Internet, volubile et pas très rentable (voir pas rentable du tout quand il est pratiqué de façon illégale sur des P2P). En résumé, l’industrie du disque vit très mal cette phase de mutation au point d’être en plein paradoxe. Alors que les ventes baisses et que le téléchargement et la copie touchent principalement les meilleures ventes, les majors ont, depuis les années 2000 augmenté de façon exponentiel les budgets liés à la promotion atteignant souvent le million d’euros en pub radio et tv, street marketing et exclusivité pour opérateur téléphonique.

A ma gauche, l’agriculture.
Besoin vital pour l’humanité, l’agriculture doit faire face à des besoins de plus en plus croissante pour l’alimentaire mais aussi pour l’énergie avec le développement des bio carburant. Le souci de productivité est flagrant car, chaque seconde, il y a trois nouvelle bouche à nourrir sur cette planète.

Pour faire face à la demande et ne plus connaître les situations de faim en Europe comme elles ont existé pendant la guerre, l’Europe a mis en place la PAC, Politique Agricole Commune, qui mécanisa et modernisa l’agriculture pour en faire toujours plus sur ces mêmes surfaces. 40 ans après, on remarque que la mécanisation à outrance et l’exploitation sans demi-mesure de la terre à des conséquences dramatiques pour l’environnement. De plus, ces méthodes à base de pesticides et engrais chimiques, aussi néfastes pour la santé que chères pour l’agriculteur s’avèrent très peu rentable. En d’autres termes, les exploitants agricoles sont pris aux pièges d’une agriculture « industrialisée » qui leurs coûtent chère, leurs rapportent peu, et comble du système détruit leur principal outil de travail , la terre.
La Beauce, haut lieu de la culture céréalière façon « industrie lourde » a vu son taux de matière organique passé de 3% dans les années 70 à moins d’un pour cent aujourd’hui !
Sans matière organique, la terre est morte et aucune culture n’est possible. Pas grave, on rajoutera des engrais. Voilà le cercle vicieux qui remplit nos assiettes à hauteur de 90%, en coûtant toujours plus cher (trois fois plus qu’une agriculture paysanne), en étant de moins en moins rentable et en détruisant de plus en plus l'environnement.
Pas d’alternative ? Si le bio et l’agriculture modéré, l'agriculture payasanne et de nombreuses méthodes qui permttent d'avoir le maximum d'une terre sans pour autant la détériorer en utilisant très peu d’engrais et d’insecticides, en renouvellant des cultures pour exploiter au mieux la terre. Mais ces méthodes ont un coût d'adaptation qu’aucun agriculteur peut franchir sans l’aide de la collectivité.


Alors en agriculture comme en musique, on s’obstine dans un schéma contre-productif et complètement destructeur. Oui, et pour les mêmes raisons de profit dans un monde de mondialisation et la libre concurrence. Edgard Pisani, ancien ministre de l'agriculture à l'origine de la PAC l'expliquait très bien sur France Culture jeudi 9 août :

La mondialisation : il faut que tout le monde soit soumis au même régime, que les exportations commandent le marché mondial et peu importe des résultats qui auront lieu du fait de cette politique. (...) Le marché est un bon système mais on en voulu en faire un système absolu, il ne peut pas être un système absolu.
Contrairement à l'agriculture ou au théâtre, il n'existe pas de producteurs publics qui financent l'intégralité d'un enregistrement. Chaque disque doit faire face au marché.

Que ça soit dans un secteur de loisir et un secteur vital comme l’agriculture, on marche littéralement sur la tête. Pour le disque, les conséquences, contrairement à l'agriculture, sont peu dramatiques, juste la disparition de labels et une offre musicale en baisse.

Comme un kilo de pêches bio bien juteuses ne veut pas un kilo de tomates OGM cultivées hors sol, un disque de variété à gros renfort de promo ne veut pas un disque de jazz west coast ou de chant grégorien.

Alors, à quand des disques labélisés bio, produits, distribués et vendus dans le respect de l’environnement ?

1 commentaires:

Mehalia a dit…

Thanks for writing this.