mercredi 5 septembre 2007

Viva Musica au Bureau de l’export – Face B

Les participants de la troisièmes table ronde : l'action du bureau Export pour la diversité culturelle. De gauche à droite, Jean-Philippe Allard, Bernard Batzen, Nicolas Galibert, Daniel Winkel, Laurent Bizot, Philippe cohen Solal

Le bureau de l’export de la musique Française organisait mardi 4 septembre une série de table ronde sur la place de la diversité culturelle, le rôle des nouvelles technologies et les missions du Bureau de l’export. Une journée en deux face comme un bon vinyle.
Face A, une approche plus globale de la notion de diversité avec des acteurs du physique et des acteurs du numérique.
Face B les missions du Bureau de l’export s’appuyant sur ses actions, l’importance de l’export pour un artiste et les problématiques liés.


Début de l’après midi avec la présentation du combat mené par la France au niveau international pour la mise en place de la diversité culturelle.
Avec le soutien de l’UNESCO, la diversité culturelle (alias la fameuse exception culturelle française) passe les frontières et séduit autant les pays en développement que nos voisins européens. Le défi, défendre devant l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce) cette notion très chère à la France et au centre des débats sur la diversité culturelle musicale.

Après cette mise à jour du « combat » par Bernard Miyet, président du directoire de la SACEM, Patrick Zelnik a conclu l’introduction de l’après-midi par un appel généralisé aux artisans de la musique. Majors et indépendants appelés à s’unir pour faire face à l’industrie informatique.
Pour une Europe de la création, Patrick Zelnik et l’IMPALA (syndicat Européen des PME d la Production Musicale) invite l’Union Européenne à soutenir le secteur en créant un environnement favorable aux PME culturelles.
C’est avec les 180°, c’est-à-dire une ouverture vers la production de l’image et du texte, que Zelnik propose une des solutions à la crise. Une solution déjà mise en place par Naïve depuis longtemps déjà.
En conclusion, une phrase pleine d’espoir (rare dans ce secteur)

« un master (Enregistrement original) aura toujours une valeur et d’autant plus grande que les moyens de diffusion sont importants »
Une nouveauté donc dans la musique avec un appel au soutien, à la solidarité, à l’état et l’Europe.
TABLE RONDE 3 : L’ACTION DU BUREAU EXPORT POUR LA DIVERSITE CULTURELLE
Animateur : Jean-François Michel, Directeur Général du Bureau Export de la Musique Française
Intervenants :

Jean-Philippe Allard, Directeur du label Polydor Universal Music et président du Bureau Export de la Musique Française

Bernard Batzen, Directeur d’Azimuth Productions, du label Rue Bleue et du festival Les Méditerranéennes
Nicolas Galibert, Président de Sony/ATV Music Publishing et DG de Sony Music Editions
Daniel Winkel, Directeur Adjoint du Bureau Export de la Musique Française à Berlin
Laurent Bizot, Directeur du label No Format ! et manager de Salif Keita
Philippe Cohen Solal, Directeur du label Ya basta et fondateur du groupe Gotan Project
Thèmes :

L’importance de l’export et de la diversité culturelle pour les entreprises françaises de la musique.

Pourquoi un bureau export : quelles missions et quelles actions ? Quels bénéfices pour les professionnels, la culture française et la diversité culturelle ?

La musique n’a pas de frontière comme le rappel Philippe Cohen Solal, fondateur de Gotan Project : « Je n’ai jamais pensé faire de la musique pour les français ».

L’export a commencé très tardivement en France. Avant la création du Bureau de l’Export en 1993, exporter un artiste français était impensable comme le raconte Bernard Batzen avec son expérience dans les années 80 avec le groupe Mano Negra.

Si la vente de musique à l’export n’est pas encore dans toutes les habitudes des producteurs et distributeurs, les éditeurs ont toujours importé et exporté des chansons comme par exemple My Way / comme d’habitude ou la mer de Charles Trenet….
La nouveauté provient donc dans le déplacement de l’artiste à l’étranger.
Jean-Philippe Allard raconte son expérience avec Paris Combo (produit par un indépendant en France) mais exporté en Australie et aux Etats Unis par Universal avec de nombres tournées dans ces deux pays.

Sur le label No Format !, l’export représente 50% des ventes. Salif Keita s’est produit et a vendu dans le monde entier en chantant dans une langue d’une région sud du Mali. La preuve que la diversité culturelle et l’exportation de la musique ne font qu’un.
Salif Keita a pu, avec l’aide de Vivendi et de l’UNESCO, construire un studio au Mali pour les artistes locaux.

Daniel Winkel
, responsable du Bureau Export de la musique Française en Allemagne nous a décrit son travail.
Etudes de marchés par pays et par genres, conseils privilégiés, aide aux tournées et à la distribution, prospection du marché, mise en contacts des professionnels allemands et Français…
Le bureau de l’export s’adresse à tous les professionnels de la musique, quelques soit la taille de l’entreprise ou le genre musical. Il est primordial, soutient Daniel Winkel, de garder cette notion d’échange. Les œuvres doivent circuler entre les pays et dans les deux sens. Suite à la création du bureau de l’export de la musique Française, de nombreux pays réalisent le leur comme l’Autriche, le Luxembourg, la Hongrie et très prochainement l’Allemagne.

Le manque d’uniformité crée un manque de visibilité pour les professionnels. Chaque pays a sa spécialité juridique, sa protection des droits d’auteurs qui lui est propre. C’est la loi du pays qui s’applique pour tous les artistes en diffusion et production dans le pays, il faut aussi tenir compte des droits voisins et d’éditeurs dans chacun des pays. Ces difficultés s’ajoutent aux obtentions des permis de travail pour les tournées à l’étranger (surtout aux Etats Unis) et la difficulté pour les artistes non européen (surtout Africains) à venir en France.
Enfin, au sein de l’union Européenne, les disparités juridiques et fiscales rendent très complexes les tournées européennes.


Pour Philippe Cohen Solal, il faut, pour réussir un groupe à l’export, répondre à une attente et surprendre le pays ciblé pour créer un engouement de la population. Envoyer les grands noms de la variété n’a pas toujours un sens, ça ne parle pas aux américains ou aux vietnamiens.
Pour aborder de nouvelles musique, il propose des workshop entre artistes de pays différents
« j’ai eu cette expérience avec la musique chinoise. J’étais là-bas pour la musique d’un film. Au début je trouvais ça inaudible, après 15 jours, je commençais à apprécier. En faisant travailler des musiciens chinois et français ensemble, on pourra mieux découvrir cette musique et les chinois découvriront la nôtre »

Sans générer des ventes extraordinaires, le bureau de l’export permet l’essor de productions françaises à l’étranger.
La prochaine étape est le numérique. Si Internet permet d’accéder aux musiques du monde entiers, ses applications légales sont encore à mettre en place. Il est impossible en France d’acheter un morceaux sur iTunes Germany, iTunes Belgique ou bien iTunes japan.

TABLE RONDE 4 : COOPERATION ET ECHANGES
Animateur : Jean-François Michel, Directeur Général du Bureau Export de la Musique Française
Intervenants :
Frédéric Bouilleux, Directeur du département « Langue française, diversité culturelle et linguistique » de l’Organisation Internationale de la Francophonie

Ali Diallo, Trésorier du Bureau Export de la Musique Africaine
Jean-Claude Kuentz, Directeur Général adjoint Radio France Internationale
Olivier Laouchez, P.-DG de Trace TV
Roland Sandberg, STIM / Emo-Suède


Thèmes :
L’importance des échanges, en termes économiques et artistiques. Le partage d’expérience et de savoir-faire dans le domaine de la promotion des musiques, en Europe et dans le monde, notamment en Afrique.

La diversité culturelle au coeur de la politique européenne de la culture La musique, vecteur privilégié des échanges artistiques et économiques entre l’Afrique et l’Europe

Pour Frédéric Bouilleux, la diversité culturelle permet un rapprochement entre le nord et le Sud. Si l’on laisse faire le marché, il y aura qu’un seul type d’expression. Les aides publiques ne suffisent pas, il faut une véritable synergie entre les acteurs publics et les acteurs privés de la filière culturelle.
La création d’un bureau de l’export de la musique Africaine est a l’initiative de Mamadou Konté, aujourd’hui disparu. La première étude est en cours sur le marché Africain. La piraterie (Internet et cassette audio) est au maximum. Les ministères de la culture des différents pays (pays francophone de l’ouest africain) sont dépourvus de moyens pour lutter contre cette piraterie mais aussi pour soutenir les artistes, protéger les droits d’auteurs…. La situation en Afrique et très précaire pour les artistes. L’absence d’industrie comme relais aux initiatives locales est un frein au développement de la musique.
Analyses, mise en place de structures et de réseaux, formations de personnels, Le bureau d’export de la musique Africaine ne manque pas de missions pour produire, diffuser et valoriser la musique et les artistes Africains sur la scène internationales.

Avec le Festival Africa fête, le bureau peut promouvoir les artistes africains et les faire connaître par delà les frontières africaines et, bien sûr, en Europe.
Comme le rappel Jean-Claude Kuentz, grâce à RFI, une partie de l’Afrique connaît les artistes et la musique des pays voisins. Dans la partie anglophone, les artistes du Zimbabwe ne connaissent pas les artistes du Kenya.
Malgré une place de plus en plus forte à l’information, RFI a pour volonté de promouvoir la musique africaine sur le continent et en Europe.

Une politique d’ouverture que possède aussi Trace TV, ex MCM Africa. Cette chaîne est une plateforme des musique urbaines (world, musique noire soul, Antilles…). Elle touche plus de 15 millions de foyers dans le monde et près de 30 millions par le piratage (surtout en Afrique). "Il est primordial d’avoir des médias puissants pour défendre une diversité culturelle, explique Olivier Laouchez, Trace TV est face à des machines de guerre très puissante qui assoit la domination de la culture américaine".

Changement de décors radical avec Roland Sandberg, au bureau de l’export des musiques suédoises. Pays d’Abba, la Suède à une approche plus libre de la musique.
Pour Roland Sandberg, la base de l'export est le dialogue. "Avant les grands événement, c'est d'abord la rencontre entre deux personnes, c’est un dialogue, un échange. Les quotas sont des menaces et des obstacles pour la diversité culturelle."
Pas de quotas, donc, comme en France mais 30% d’artistes suédois sur les radios.
La liberté demandée par les professionnelles semble être efficace. L’Etat suédois intervient au niveau de la production de certains artistes. Le choix est fait album par album. Des aides à la tournée en Suède existent aussi pour les jeunes groupes. Ces aides restent insuffisantes face à la demande et aux besoins de la production locale.
Contrairement au Danemark qui finance un réseau de salles de concert sur l’ensemble du territoire, l’état suédois n’intervient pas à ce niveau, seulement les villes.



Odile Quintin, Directrice générale Education Culture, Commission européenne, a conclu la journée. La défense de l’article 151 du traité de Maastricht de 1992 est toujours d’actualité. C’est la patrimoine commun Européen, une certaine idée de la culture qu’il faut défendre. Depuis mai 2007, une véritable stratégie culturelle s’est mis en place sous l’impulsion du président de la commussion Européenne José Manuel Barroso : "La culture et la créativité sont en rapport direct avec la vie quotidienne des citoyens. Ce sont d'importants moteurs de développement personnel, de cohésion sociale et de croissance économique. Mais elles sont plus encore, ce sont les éléments fondamentaux d'un projet européen, basé sur des valeurs communes et un héritage commun, et qui, en même temps, reconnaît et respecte la diversité. La stratégie adoptée aujourd'hui, en promouvant la compréhension interculturelle, confirme la place de la culture au coeur de nos politiques".
La Commissions s’engage avec la Communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil, Comité économique et social européen et au Comité des régions relative à un agenda européen de la culture à l’ère de la mondialisation
Parmis les objectifs, on trouve :
  • la promotion de la diversité culturelle et du dialogue interculturel;
  • la promotion de la culture en tant que catalyseur de la créativité dans le cadre de la stratégie de Lisbonne pour la croissance et l’emploi;
  • la promotion de la culture en tant qu’élément indispensable dans les relations extérieures de l’Union
  • le renforcement du rôle promotionnel des culture
  • répondre aux problèmes de circulation d’œuvres et de personnes.
Le but n’est pas d’opposer la culture à l’économie mais d’avoir une économie au service de la culture. Avec 2,5% du PIB (contre 1,9% pour l’agroalimentaire) la culture a un rôle économique majeur et une place privilégié sur la scène internationale par l’image qu’elle véhicule. Pour bâtir ce projet, un forum culturel européen aura lieu fin septembre à Lisbonne où tout le secteur de la musique sera présent. L’objectif de ce Forum est de remettre la culture dans le débat européen.
Absents pendant le dernier référendum, les artistes et les professionnels de la musique doivent se manifester et intervenir dans ce débat européen. Pour « créer un modèle de service d’échanges équilibrés et de développement durable.»

1 commentaires:

Thibaut a dit…

Merci pour ce compte rendu instructif