jeudi 11 octobre 2007

Madonna rime avec 4 par 3

Et voilà, après Radiohead, Nine Inch Nails, c’est au tour de Madonna de franchir le cap.
Radiohead fait un buisiness 100% indépendant très malin, Nine Inch Nails claque la porte d’Universal et appel au vol des CD. La Madonne(a) fait donc sa rebelle pour séduire la cible des 14-18 ans qui vont chez Jennifer.
Une semi-révolution. Fini donc avec Warner mais bienvenue à Live Nation, un tourneur producteur américain qui a, pour seulement 120 millions de dollars, à sa charge, la production de 3 albums studios et bien sûr plein de concert. Rien de nouveaux donc ? Ah si ! L'exploitation de la Marque Madonna et un gâteau coupé en 2, 90% pour la chanteuse et 10% pour le producteur multi-carte.

Ou un producteur a-t-il trouvé autant d’argent ?
Live Nation
appartient à……Clear Channel, vous savez, le meilleur ennemi de notre très cher faiseur de panneau publicitaire national, JC Deceaux. L’inventeur des Vélib’ voit son concurrent (et peut être future filiale) faire dans la musique. Intéressant, après l’image, le son pour la pub, rien de mieux vous dirons les experts.

Évidemment, différents sites et blogs ont déjà révélé l’information. Tous les commentaires (ou presque) sont ravi de voir "ces majors de se faire mettre après tous ce qu’elles ont pu piquer ces P****".
Certes, la politique des majors n’est pas des plus douces et des plus artistiquement correctes (le papa pingouin version house, Zidane y va marquer, Crazy frog…) mais bon, à leurs cœurs défendant, ils font de leurs mieux.
Et oui. Dans ces majors, il y a des producteurs dont le métier est de produire des disques, de soutenir des artistes. Il y a aussi des responsables du marketing, des média planer, et surtout, des objectifs à réaliser, donc du chiffre à faire.
Si la politique du chiffre n’est pas la meilleure solution pour résoudre l’immigration, pourquoi la serait-elle pour la production artistique ?

Voyez vous, depuis le début, le marché du disque a voulu jouer au grand, le vilain petit canard de la culture se piquait artistes et labels à coup de contrat toujours plus grand au lieu de créer une fédération forte comme dans le livre ou la cinéma. La sacro-sainte concurrence mène le marché à la baguette.

Après la conférence du bureau de l’export, j’ai eu la chance de discuter avec le président du SNEP, Hervé Rony :

« Il est évident que les volumes de ventes sur support physiques vont baissé, et les revenus du numérique n’atteindront jamais celui du CD. Le prix est plus bas, les marges plus réduite. Il faudrait je pense, que le coût de production baisse et que le revenu se fasse sur la durée.
- Oui mais vous ne pouvez pas accepter de voir vos revenus baisser alors que vous avec 400 000 € investi avec un besoins de rentabilité rapide. »

Pourquoi, me suis-je dit, refuse–t-il l’idée de baisser son coût de fonctionnement en réponse à la baisse de ses revenus ?
La réponse : baisser son coût de production et chercher des revenus annexes à la vente de CD est primordial. Il faut quitter le modèle de « monoculture ». Certains le fond déjà avec les fameux contrat 360° qui englobent la production de l’album, la distribution mais aussi les concerts et la vente de produits dérivés. Idéal pour du Madonna ou du Kyo, moins évident pour du classique ou des artistes sans réputation national ou mondial assurant des revenus minimum en concert et en merchandising.
Alors, pourquoi diable ne pas baisser son coût de production ?

Baisse son coût revient à limiter la promotion. Or, l’impact de la promotion est primordial sur les ventes. Les enseignes refusent vos albums si vous n’avez pas de promo, le public ignore votre disque s’il n’y a pas de promo. Sans promo, on vend peu, du moins pas assez pour les objectifs d’Unversal and co mais aussi les gros groupes propriétaires (Sony, Vivendi, Aol…)

Limiter les spots TV, les spots radio, les rotations sur les bandes FM ? Si une major fait ça, elle meurt, écrasé par les 3 autres qui s’en donnent à cœur joie. Alors, pourquoi les professionnels du disque n’ont-ils pas cette prise de conscience collective ?
D'abord, c'est plus facile de gérer une multinationale sans un compte de résultat, devant son ordinateur que dans le bureau de la direction avec tous les paramètres entre ses mains. Ensuite, les équipes des majors sont complètes. Chacun à un poste défini. Une restructuration globale du personnel/mission d'une major rendrait vert un actionnaire mais aussi serait trop énorme à réaliser.
Si une major limite son coût de fonctionnement, elle aura toujours besoins d'un graphiste, d'un chef de produit, d'un responsable marketing (surtout s'il y a moins de marketing) d'un média-planner (car il y a toujours de la présence sur les média)...
Certains artistes peuvent être produit par un coup original, par une ingénieuse utilisation du web, c'est la cas de Kamini. Mais pour le reste du catalogue, Decca, Blue Note, Atlantic, Colombia, on fait comment ? Internet reste un outil et pas une frontiers qu'il faut conquérir (pour reprendre la terminologie far-west de nos amis américains).
Il y a trop de missions, trop de productions, d'objectif à réaliser et compétence nécessaire au bon fonctionnement d'une production pour qu'une major puisse s'en séparer. Le constat est le même chez les indépendants. Avec des revenus en baisse, les équipes doivent en faire plus, le faire mieux et étendre leurs compétences sur le web pour s'en sortir.

C'est toute l'organisation du métier du disque qui doit changer, avec, peut être comme solution, des travailleurs indépendants, vendant leurs multi-compétences dans un domaine précis (web marketing, export, graphisme, vidéo) aux labels suivant les besoins intrinsèque de l'artiste, de l'album, du phonogramme.

Enfin, chasse aux leurres, le pouvoir n’est pas dans les majors, le pouvoir n’est seulement plus dans les médias, le pouvoir est sur Internet et dans l’industrie.
La musique, ce super produit d’appel (Madonna que l’on voit ou entend pour Pepsi, H&M, BMW…) fait rêver les annonceurs qui peuvent associer leurs marques à ces musiques, ces artistes, ces valeurs top friendly et connecting people.

Live Nation a le bon rôle. Il gère une artiste internationale dans un groupe vivant exclusivement de la publicité. Attendez-vous à voir du Madonna partout ! Déjà qu'on la voyait beaucoup ! Rappelez vous de la sortie de son dernier album : elle avait fait une première en accordant l'exclusivité de son dernier album à Orange plutôt qu'à NRJ.

Alors oui, on peut, peut être, se réjouir d’une rébellion d’artistes face à ces politiques commerciales Sup de Co / HEC. Il existe d’autres façons de vendre de la musique.
Entre un marché du support physique en grand danger par l’union possible de FNAC et Virgin, la pression des plates-formes de téléchargement (iTunes en tête) et face à cette logique de marché (vendre du volume, faire du chiffre, faire face à la concurrence), il est évident que la production musicale vit l’une de ses plus grandes transformations.
Mais à qui profite le crime ?

2 commentaires:

Phantomas a dit…

Article intéressant mais c'est "Live Nation" et non "Live Station"...

Frédéric Neff a dit…

Toutafé...J'ai fourché Live station est un service web pour visionner la tv sur son ordi. C'est rectifié.