vendredi 23 novembre 2007

C'est comme au PMU !



Il est 19h, je viens de regarder la vidéo de grande annonce du président, les fameuses conclusions de la non moins fameuse commission Olivennes.
Je m’étais spontanément censuré à la création de cette commission dont les conclusions devaient « tenir sur une feuille A4 » (parce qu’il est trop dur d’écrire sur du papier hygénique ?).

Après l’écoute du discours ô combien amusant de notre président, ce ne sont plus les conclusions de cette commission, connues depuis ce matin qui m’attriste le plus, mais la façon dont cela à été fait. Un problème majeur traité par-dessus la jambe. Sans revenir sur le CV de monsieur Olivennes, qui, en tant que patron de la Fnac en connaît un rayon sur la disparition de la diversité en magasin, c’est ce retour idéologique en arrière qui appelle au vomi.

Télécharger = mal.
C’est fait par des pirates = jeunes qui faut sauver
Les droits d’auteurs = patrimoine de la France = Génial (donc sans problèmes) = 100% adaptable à Internet = moi je suis le pape ?

« ces jeunes » car tout le monde sait que passé 30 ans on ne télécharge plus, sont tantôt « de bonne fois » quand il recevront le mail de menace de leurs FAI, tantôt des bandes criminels organisées, qui, comme tout le monde le sait, financent le terrorisme. Courage, madame Dati veille maintenant avec sa nouvelle super commission.

Du Sarkoshow, dans un après midi d’automne où le froid crispe les jambes de la ministre de la culture, où Olivennes, laissant sa classe à l’entrée en sautillant sur place pour ne pas avoir de varices.

Un aller retour au PMU du coin de ma rue m’aurait apporté ces mêmes conclusion, Sarkozy en moins.
« ceux qui téléchargent, ba, ils volent, c’est normal de les punir » et autre « si on ne fait rien, c’est la fin de la diversité culturelle ».

Le téléchargement gratuit fait mal, mais il ne fait pas tout.

Du bout des lèvres, Sarko admet que les DRM sont un frein à la vente légale. Mais tout ça pour ça !
Un renforcement de la répression qui est inefficace.
Organiser un flicage des internautes par les FAI, ça c’est novateur. A la fois anticonstitutionnel, très 1984, pour permettre le développement de P2P crypté. Une fois de plus, « ce projet pédagogique » relève tous les défis.

40 bonnes minutes de discours avec en intro le supplice des grèves, pour arriver à quoi ? A une ribambelle d’idées reçues et de raccourcis fumeux que même les poivrots de mon PMU n’osent plus faire. « Est ce pas qu’il y a des assassinats que l’ont va changer la loi tu ne dois pas tuer ton prochain ? » ou « le problème de la France, c’est qu’on légifère, puis y a l’administratif et tout ça c’est très lourd » ba oui ma bonne dame, et j’en passe, et des meilleurs !

Le pirate est un jeune qui vole et ne sait pas ce qu’il fait. C’est mal, il faut lui dire pour qu’il change. 1+1=2.
La musique a subi le piratage. Gare aux autres secteurs d’activité. « les mêmes causes produisent les mêmes effets » et la « toile d’internet », qui donne accès à la culture ne soit pas « être un OK coral ». et oui, aujourd’hui avec le « haut débit, plus de la moitié des films sont sur ces sites de P2P » la moitié seulement ?


Pour le Cinéma donc, les VOD sortiront en même temps que les DVD (ça c’est de la révolution). « Les salles de cinéma sont le passé, le présent et l’avenir » et « comme je le dit moi, une salle de cinéma c’est un lieu où un public va voir un film ». De la réforme avec un grand R je vous dit ! Les professionnels apprécieront. Les films restent moins longtemps en salle, « ba c’est comme ça, de mon temps, début des années 60 (rires) place Clichy, Ben Hur, 4 ans à l’affiche….Ba on ne le vivait pas si mal »
Bravo le coup de l’exception qui n’a rien à voir. Un problème sympa pourtant, le temps d’exposition d’une œuvre, un sujet qui touche aussi les livres et surtout les disques mais…on s’en fout, car le mal vient des pirates, pas des magasins !

Enfin, la diversité culturelle est entre bonne main. Eviter les sujets qui fâchent (ça fait baisser les sondages ?), caresser dans le sens de l’immobilisme et surtout, surtout, ne pas se poser de questions majeures sur l’avenir des droits d’auteur sur Internet, la rémunération des artistes, l’offre culturelle sur Internet et dans le monde réel, la place de la francophonie sur Internet et tout ce qui se rapproche de près ou de loin à une réflexion sur la culture et le divertissement dans les nouvelles technologies.
On fait de la réforme tout public garantit 6 mois (« si ça ne va pas, on change ») car « je suis jugé sur mes résultats ».


Petit, quand je faisait mal mes devoirs, au temps où moi aussi j’étais jugé sur mes résultats, j’avais toujours un travail bâclé en rouge qui traînait en haut de ma copie.

5 commentaires:

Anonyme a dit…

Faut il interdire les bibliothèques sous prétexte que des milliers de livres accessibles gratuitement vont mettre en danger les sociétés d'édition et les auteurs ?
Faut il interdire la cuisine familiale (et les émissions et livres de recettes) car cela met en danger les restaurateurs ?
Sera t il bientot interdit de préter sa perceuse au voisin ?(il n'a qu'à s'en acheter une!)
Personne ne s'est donc rendu compte que le téléchargement existe parceque par ce biais le produit est gratuit et que dans un cas contraire on n'achète pas mais on s'en passe !

Frédéric Neff a dit…

Le téléchargement, contrairement au prêt, implique une copie. On multiplie à l'infini snas perte de qualité. c'est pourquoi, tous les argument "c'est du vol" ou "c'est comme prêter sa perceuse" n'aboutissent à rien.
La question est comment adapter le système pour que les différents acteurs et les internautes trouvent leurs bonheur. La production repose exclusivement sur la réussite des album. Comment produire autrment. Comment la sacem doit s'adapter (ou mourir) au net. Comment sauvegarder une diversité culturelle avec Internet ?
Rien de cela n'a été soulevé dans la feuille A4 de la commission Olivennes et c'est bien dommage. Le plus triste, c'est qu'on reste sur ce même schéma caricatural qui n'abouti à rien.
PS: les bibliothèque payent une taxe qui est reversée aux auteurs et éditeurs.

Hervé a dit…

Hello Fred,

Selon Hervé Rony sur Snep, les conclusions Olivennes se traduiront au mieux par une loi applicable... en 2009. D'ici là, intenses discussions à partir de propositions qui semblent en effet totalement à côté de la plaque d'un point de vue légal. Pour paraphraser un commentateur récent, c'est comme si on confisquait pendant un mois la voiture d'une personne qui n'a pas payé son parcmètre. Aussi débile.
Pronostic personnel : je pense qu'en 2008, on va sérieusement reparler de la licence globale.
Seule alternative à la situation actuelle. D'ailleurs on s'y dirige lentement mais sûrement (kit Universal/Cegetel).
Donc "rapport" Olivennes = nouvelle usine à gaz. Et ce gouvernement à l'air de beaucoup l'aimer, le gaz, le vent, les bulles...

Frédéric Neff a dit…

Dès 2008, Alice va sortir son abonnement et Universal travaille pour une formule d'abonnement sur le net avec tout plein de major. La licence global se fera par le marché et je doute franchement qu'une loi soit appliquée dans ce sens.
On a encore perdu 6 mois à 1 an pour mettre en place une législation cohérente et adpatée à Internet.

Mathieu a dit…

Bordel à cul, et l'abonnement au cinéma pour se fader des tas de cons à pop-corn? Suis-je obligé pour résister à payer 10 euros pour voir 1h30 de fiction? Non, je peux télécharger comme un gros porc. Je peux aussi télécharger des séries, mais les diffuseurs US me laissent dans la légalité en mettant en ligne gratuitement quelques minutes après diffusion?
Eh, combien d'artistes, musicaux notamment, n'existeraient pas sans qu'on les ai téléchergés illégalement un jour, souvent pour leur plus grand bonheur.
Promis, je ne téléchargerai pas illégalement Jennyfer.
Et vive Radiohead qui se fait payer directement par leurs auditeurs aux prix qu'ils veulent. Gros fuck aux prod.