vendredi 30 novembre 2007

Faisons le marché


France culture toujours, avec lundi dernier l’économie en question. Portrait et rencontre avec Michel Pébereau, président du conseil d’administration de BNP Paribas, homme à tout faire dans l’économie, de l’enseignement à sciences po à la politique en passant par ses rôles dans différents groupes.
Homme d’économie « de gauche » comme il aime le dire. Il a écrit un guide pour lutter contre la dette publique « c’est possible ! Voici comment… »

Un portrait d’une heure très intéressante de cet homme qui aime Bach, Mozart et la sciences fiction.


Et puis il y a cette citation qui m’a trotté dans la tête toute la semaine :

« L’économie de marché, c’est la façon la plus efficace de gérer l’économie.
Le président Lula, le président du Brésil a coutume de dire que les gens qui nient que l’économie de marché est la façon la plus efficace et la seule façon en réalité de gérer l’économie, on la même attitude que l’Eglise Catholique lorsqu’elle réfutait les thèses de Galilée selon lesquelles la terre tourne autour du soleil.
Donc l ‘économie de marché à mes yeux comme aux yeux du président Lula, c’est la seule façon de gérer l’économie. Donc, y a pas de question à se poser autour de cela.
Ensuite, il s’agit de savoir quelle forme doit avoir la société. Nous vivons dans un beau pays, la France, et nous avons des traditions, une culture, une histoire. Il faut faire en sorte que notre collectivité française gère son économie de marché selon des modalités qui soient cohérentes avec cette culture et cette histoire.
Cela implique une économie de marché qui s’accompagne d’un grand esprit de solidarité et beaucoup d’humanisme et donc il est nécessaire de faire fonctionner au mieux l’économie de marché mis en sachant que le produit de cette économie de marché, l’efficacité de cette économie de marché doit être mis aux services de ces différentes valeurs. J’ajouterais que l’économie de marché implique des régulations car il va de soi que le marché livré à lui-même peut tout à fait dérailler. Et donc il faut des régulations, par exemple, il faut des régulations qui assurent des conditions de concurrence loyale car s’il n’y a pas de régulation pour assurer les conditions de concurrence loyale, les acteurs de l’économie peuvent avoir tendance à se placer dans des positions dans lesquelles il n’y a plus de concurrence. Or, l’économie de marché est efficace que si la concurrence est bien effective. »

Cette citation m’est revenue de plein fouet quand je me suis retrouvé dans un Monsieur Bricolage du 12ème arrondissement parisien.
Le magasin mettait en avant un vaste choix de radiateurs d’appoint (il fait très froid à Paris) et….un superbe choix de tronçonneuses !
Aucun déshumidificateur électrique mais de belle bête pour couper les platanes devant son immeuble. C’est quoi le marché de la tronçonneuse sur Paris ?
Pourtant, il me semble, à Paris on trouve plus facilement des appartements humides que grands jardins privés à fort besoin de tronçonneuse. A moins que ce soit le cadeau idéal pour Noël
Bref, la centralisation de Monsieur Bricolage nous a fait preuve une fois de plus que centraliser à tour de bras peut aboutir à quelques incohérences. Mais qui sait, ils vont peut être les vendre ?

Un magasin qui vend des tronçonneuses, un ponte de l’éco qui vante les mérites de l’économie de marché et sa régulation…
Mais quel est le lien avec la musique ?


Voilà presque une semaine que je me pose ces questions :
Pour la musique, doit-on parler d’économie de marché ?
Si oui, qui régule ce marché ?
Qui le régule sur Internet ?
Si non, est-ce une mission de service publique ?


De la stratégie à la « Monsieur Bricolage », on en trouve de partout, dans tous les grands magasins aux rayons disques. Si le dernier album de Massilia Sound System est en bonne place dans les magasins de la cité phocéenne, il n’en est pas de même dans ceux d’Avignon. Trop centralisé, pas assez en lien avec le marché.


Donc économie de marché pour la musique ?
Oui, plutôt.
D’abord à cause de sa TVA à 19,6% mais aussi avec ses acteurs. Ces grands groupes du privé, ces majors ou ces indépendants, ces tourneurs ces producteurs, plein d’acteurs économiques qui fabriquent de la richesse avec de la musique.

Bon, mais pourtant, quelque chose ne tourne pas rond. Où est le régulateur ?
Dans les lois d’économie de marché et à Bercy alors. Le marché du disque est géré par les mêmes lois que les autres activités commerciales.


Et pourtant, quelque chose me tracasse encore et encore.
« Or, l’économie de marché est efficace que si la concurrence est bien effective. »
Nous y voilà. But, Goal, essai, panier, à vous de choisir.
Sur le papier, oui, il y a concurrence entre les différents acteurs du marché de la musique, sinon, on ne passerait pas son temps à se voler ses meilleurs artistes.
Mais le public, la base du marché, l’acheteur, il y a-t-il concurrence pour lui ? Choisissons-nous une musique en comparant avec la concurrence selon des critères physiques ou « scientifiques » (nombres d’instruments, durée, prix…) ?
Non bien sûr que non.

C’est l’émotionnel, l’affect qui guide notre choix. En fait, il n’y a pas vraiment de concurrence mais du choix. Plus l’offre d’un point de vente est grande, plus il est de qualité. Quelque soit le marché (physique ou numérique), la musique est gérée par les lois du marché. Pourtant, sa principale caractéristique est qu’elle n’obéit pas aux lois du marché. D’où l’importance de la régulation. Si le marché suit les règles du marché, on tend vers une globalisation et aucun organe de régulation peut intervenir pour limiter ou garantir cette diversité…culturelle.
Pourtant, c’était le rôle de la mission de la commission Olivennes, garantir la diversité culturelle.
Notre régulateur serait notre petit régulateur de ministère de la culture, et autres institutions SACEM /
ADAMI / CNV… ?
Motus et bouche cousue sur ces aides à la création à la diffusion : de l’argent public dans une entreprise privé c’est pourtant contraire aux lois qui régule l’économie de marché.

Il faudra pourtant un jour offrir la boîte de Pandore !
Combien coûte ce saupoudrage de subvention d’aide à la création ou à la diffusion ?
Comment adapter ces aides publiques, ces formes de régulations (publiques ou pas) au marché mondial de la musique en ligne ?

Quel régulateur pour garantir nos « traditions, (notre) culture, (notre) histoire » ?

La suite des débats s’annonce passionnante !

1 commentaires:

Xavier a dit…

Interessant ton article.
Je n'acheterai plus mes cds de la meme facon !