jeudi 29 novembre 2007

Monsieur Olivennes est très fort


Ce matin, je me suis réveillé avec monsieur Olivennes, invité de l'émission « les matins » de France Culture à écouter ici (Les Matins en version intégrale).
Au menu, biensûr, son accord…

« C’est pas un rapport mais c’est un accord c’est ça que je souhaitais faire dans un délais limité et sur un nombre d’objet restreint pour qu’on soit sûr d’être efficace. Ça ne vise pas à éradiquer le piratage, ça vise à trouver des mesures consensuelles d’application immédiate. Donc en fait il y a trois mesure principales.Une mesure de dissuasion du piratage d’un côté et deux mesures en faveur des consommateurs. »

Les mesures sont connues par tous :
4 mois pour avoir la VOD et la suppression des DRM sur les catalogues français, une première mondiale.
La mesure pour dissuader le piratage, c’est le « permis à point » comme le dit très bien Homo-numericus.
Je ne vais pas revenir sur ces points largement traité sur la toile mais simplement sur les meilleurs moments que ce cher monsieur Olivennes m’a offert.


L’enfer, c’est les autres


A la question :
« Est-ce qu’il n’y a pas une partie qui manquait cruellement à la table où vous avez signé l’accord, à savoir les associations de consommateurs ? On a pu entendre récemment l’émotion de l’UFC Que Choisir, la plus grande d’entre elles décréter, ou analyser enfin dire que cet accord était liberticide et(…) qu’il allait à rebours du sens de l’histoire numérique ».
Monsieur Olivennes répond d’abord :
« Heureusement qu’il n’avait pas dit qu’on avait assassiné Henri IV »
histoire de détendre l’atmosphère puis contourne la réponse en ne voyant rien de liberticide à supprimer de façon temporaire une personne faisant un acte de contrefaçon. Une argumentation qui passe avant de placer un coup bas :
«( …) Donc les consommateurs ont les a entendus. Mais d’abord, c’est une nébuleuse qui n’est pas très organisée. Quand vous dites la plus grande association des consommateurs UFC Que Choisir qui représente-t-elle exactement ? Et d’autre part, elles sont sur une telle position radicale que, je veux dire, pour faire un accord, il faut qu’on trouve une position commune, or, la position de UFC Que Choisir je dois dire un peu hypocrite, je le dit aimablement. C’est, "ah évidement, on est tout à fait contre le piratage et on est pour la rémunération des artistes mais on est contre mesures qui puissent, si peu que ce soit, faire obstacle au piratage. Le filtrage ? On est contre. Les radars ? On est contre. Les mesures d’avertissement ? On est contre". Ils sont contre tout mais en faite, ils disent qu’ils sont pour le financement de la création mais dans les faits, comme ils font obstacle à toute mesure qui permettrait d’y parvenir, ils sont hostiles, ils sont pour le piratage. »

C’est pas bien beau de se moquer de ses principaux ennemis, ces rampants qui s’organisent en lobby, qui vont chercher des poux à tous ces braves marchands, qui farfouillent, avocats en mains, les lignes minuscules des contrats remplis de closes abusives.
C’est par solidarité avec le milieu marchand que Monsieur Olivennes se sent obligé de discréditer une association qui fait son travail de lobby ? Ca permet d’oublier les autres, comme Odebi qui, miracle, est une "organisation indépendante destinée à défendre les droits et libertés fondamentaux dans la société de l'information".

On ne pouvait pas rêver mieux pour cet accord. Au Grenelle de l’environnement, les marchands d’insecticides et les pétroliers étaient à la même table que les associations écologiques. Pas concevable pour lutter contre le piratage ?

De plus, ces associations « contre le piratage et on est pour la rémunération des artistes » on des propositions comme la licence globale ou plein d‘autres choses comme la suppression de DRM qu’une major ne voulait pas entendre parler il y a encore quelques mois…
Enfin, et ce crime mérite la cour pénale, le recyclage du « soit ils sont avec nous, soit ils sont contre nous » est lamentable (et je pèse mes mots).
Les métaphores de vendredi venant de Nicolas Sarkozy en plein fantasme de Far West, étaient déplacées, mais venant de vous, Monsieur Olivennes, mais c’est à vomir !

Quelle valeur peut-on donner à cet accord si son dirigeant est aussi manichéen et formaté par une vision du marché numérique à milles lieues des réalités ?



Monsieur Olivennes le boutiquier


A la question :
« il y a de moins en moins de Cd dans vos rayons comme dans tous les grands supermarchés de la culture »
Monsieur Olivennes brille :
« D’abord il n’y a pas de moins en moins de références dans les rayons, le nombre de références augmente de 3 à 4%…
- Pourtant le sentiment du promeneur…
- Sentiment infondé ! Ce sont les mètres qui se réduisent, pas les références »

Théorie Shadock ou ruse de Sioux ?
En effet, le nombre de référence augmente car il y a des nouveautés toutes les semaines. Par contre, pour les acheter, il faut aller sur fnac.com qui est le seul à rendre accessible ces fameuses références, vous savez, celles qui sont vieilles de plus de 3 semaines.


Vers un prix Nobel de l’économie ?


« C’est un principe économique de base que tout le monde comprendra, quand vous pouvez avoir à peu près le même objet pour 0 Francs ou 0 € plutôt, pourquoi iriez-vous le payer ? »
Répondons par une question. Alors pourquoi Gallimard a inventé la collection La Pléiade, avec pleins d’auteurs dans le domaine public, (donc gratuit) et pourquoi ce même Gallimard vend-il très cher La Pléiade alors qu’il vend aussi ces œuvres à prix discount en poche ? Pourquoi vendre des eaux minérales de marques alors que les marques de supermarchés sont moins chères ? Est-ce que la notion de « valeur ajoutée » a-t-elle un sens dans vos notions économiques ?
Retour sur le « vous pouvez avoir à peu près le même objet ». Alors un phonogramme numérique et un CD (physique) sont la même chose ? Alors pourquoi Radiohead sort un coffret collecteur de leur dernier album et une version CD, alors qu’il est disponible, au prix que l’on souhaite, sur Internet ?



L’ouverture, un concept à la mode…

« il ne faut pas que quelques centaines d’internautes voir quelques milliers d’internautes peut être déterminent le sort du pays »
. Les concernées seront ravis. J’adore le concept du lobbing à sens unique : négocier avec les syndicats des producteurs sans négocier avec "la partie adverse". Et pourtant, ils ne sont pas nombreux mais ils sont fichtrement efficaces, « cette tyrannie de minorité », et surtout très informés et riches en idées sur le sort des produits culturels en ligne. De Ratatium au blog de Philippe Axel en passant par les catalyseurs numériques ou le FING, un panel d’idéos, de concepts, de point de vue qui ne demande qu’à débattre sont là. Au delà des geeks qui s’énervent sur les forums, on trouve énormément d’analyses et des points de vue en lien avec les problématiques du marché qui sortent du clivage présidentielle :
"pirate = jeune et téléchargement = vol".
Sans partager toutes ces idées provenant de la toile, leurs lectures sont loin d’être inutile.


Monsieur Olivennes, le rebelle de la Fnac

A la question d’Olivier Duhamel du conflit d’intérêt possible quand un vendeur de musique fait ce rapport , monsieur Olivennes répond :
« J’ai un énorme conflit d’intérêt car la Fnac à un intérêt très gros au piratage. La musique c’est moins de 10% du chiffre d’affaire de la Fnac et 0% de son résultat et probablement un résultat négatif. En revanche, tous les outils du piratage et du développement Internet, les PC, les baladeurs, les graveurs les abonnements Internet c’est 50% du revenu de la Fnac et c’est une très large partie de ces résultats…
- mais c’est un peu plus compliqué, vous avez aussi un site de vente en ligne de musique que vous essayez de développer…
- Tout ça est epsilonesque ! (…) Si je m’étais strictement aligné sur les intérêts de la Fnac, je me serais bien gardé de m’occuper de tout ça et j’aurais laissé faire le développement d’Internet qui m'est très favorable (…) Mon rapport est contraire avec les intérêts de la Fnac. »

La belle image. Comme la musique ne me rapporte rien, je n’ai pas de conflit d’intérêt. C’est simple, c’est clair c’est précis comme dirait l’autre. Le culot, c’est dire que la réalisation de ce rapport va à l’encontre des intérêts de la Fnac. Alors, développer la vente en ligne et lutter contre le piratage serait-il mauvais pour les affaires. La Fnac, Apple, Windows, Google, Free et DELL seraient-ils les méchants profiteurs du piratage ?

Tout ça manque une fois de plus de cohérence et c’est bien dommage. Le culte de la bonne formule remplace la discussion argumentée et même France Culture se trouve touché. En effet,
Le « on est pas dupe » et de l’importance d l’image de l’agitateur culturel d’Alain Gérard Slama n’a pas eu droit à une réponse. Voilà pour mon best of de monsieur Olivennes.


Conclusion


Pour un accord qui va aboutir à une loi, il y a de quoi s’inquiéter. Cet accord pour « u-na-ni-me » laisse place à de nombreuses questions et cette frustration d’être passé très près d’un débat constructif.

Non, je n’en veux pas à monsieur Olivennes qui n’a fait que son travail, dans la logique de son groupe (voir la stratégie utilisé à la Fnac pour réduire la place des indépendants en rayons et pousser ses chers adhérents, chers clients sur fnac.com et fnacmusic.com) et a répondu présent à une commission qui se devait de résoudre vite le problème du téléchargement (des résultats, encore des résultats).
Je n’en veux pas non plus au SNEP, à la SACEM et tous ces faiseurs de discours sur la mort de la production à cause du piratage.
Je n’en veux pas non plus aux « P2P addict » de télécharger gratuitement et, du coup, de sortir un peu du formatage des médias en ayant une abondance de chose (même si peut-être un quart seulement sera écouté).
Je n’en veux pas non plus à ceux qui souhaitent voir disparaître les éditeurs et les producteurs, ces « voleurs » qui font de l’argent sur le dos des artistes, qui « profite du système » et qui nuit à la création.


A chaque niveau, chaque profession, chaque acteur de cette fabuleuse chaîne qu’est le marché de la musique, chacun à sa vision de la crise. Plus l’on prend de hauteur, plus sa vision s’enrichie de celle des autres, plus le problème du piratage devient complexe et impliqué dans une fourmilière de problèmes, plus complexe les uns que les autres.
Un vrai melting pot d’emmerdes. Ca peut faire peur mais pour ma part, ça m’existe. Tout est à inventer et chaque genre musical, chaque secteur d’activité doit faire peau neuve et inventer sa nouvelle économie, son marché, sa communication.

1 commentaires:

Anonyme a dit…

Merci pour ces précisions monsieur lapin. j'avais suivi de loin en loin le rapport d'Olivennes, mais j'avais eu du mal à en saisir les tenants et surtout les aboutissants.