jeudi 22 novembre 2007

Retour à la FAC


Bon, les grèves de transport ont aussi des conséquences sur les blogs. Partageant la connexion internet avec ma chère et tendre, entre conf call et skype réunion, j’ai fait le strict minimum sur le web. Mardi 13 novembre, Paris III Sorbonne Nouvelle, j’ai été invité par Laure Dasinieres, allocataire monitrice en info com et animatrice de l'atelier d’analyse du discours médiatique, à parler du discours dans un secteur d’activité particulier, à savoir, la musique. Joli petit exercice en faite. Censier n’étant pas la fac d’Avignon, je suis venu sans powerpoint et sans son, ce qui fut bien dommage. Un disque en main, quand même, All’improvviso, de l’Arpeggiata de Christina Pluhar aux éditions Alpha. Pas un hasard. Entre musique traditionnelle (dont la chanteuse Lucilla Galeazzi est une spécialiste pour l’Italie) et musique baroque (avec le ténor Marco Beasley que j’adore), ce disque me paru intéressant pour l’analyse du discours. Retranscription et réinvention d’une musique avec les traces de partitions trouvées, partir d’un discours écrit pour réinventer la musique. Atteindre un son avec quelques archives, en voilà une belle entrée en matière ! Pour simplifier les choses, je suis parti du schéma de Roman Jakobson (ci-dessous) simplifié à l’extrême :

Destinateur (émetteur) / MESSAGE / Destinataire

L’idée, mettre en avant les acteurs de la production musicale qui apporte du discours entre la musique (universelle, réceptionnée par tous) et l’auditeur. Les discours rapportés ne sont que métadonnées (ou para-texte) qui apporte du sens (livret) de l’accessibilité (CD) ou de la valeur au morceau.
J’ai volontairement choisi cette forme simplifié pour mettre en avant la multitude de différents discours présent dans le processus de « sortie de disque ». Partant de là, chaque étape de la création d’un CD devient une situation de création de discours. Valorisation et information (livret, métadonnées) créé par l’éditeur, facilité accessibilité (création du CD) par le producteur s’adressant bien sûr à l’auditeur. Ces para-texte ne sont pas indispensables à la réception du message « musique » mais ils facilitent son accès, sa compréhension, sa valorisation...

Le tournant, dans la création du discours, est le rôle du distributeur. En tant que vendeur, le distributeur est une situation communication commerciale (qui n’a rien d’honteux soit dit en passant). Le discours créé s’adresse aux magasins et non à l’auditeur. Riche de son album rempli d’info, de musique et qualité…, le distributeur doit créer un discours commercial pour un produit qui ne répond pas aux lois commerciales traditionnelles. Un CD n’est pas le concurrent direct d’un autre CD comme peuvent l’être deux lave vaisselle ou deux téléphones.
Ce qui va départager les clients repose sur l’affectif (connaissance du morceaux) ou l’image qu’il dégage (marque du label, nom d’un artiste, visuel ou publicité ventant tel ou tel artiste). La musique devient un message secondaire, les para-texte prennent plus d’importance que le message lui-même : nom de l’artiste, packaging, prix, promo…


Donc une situation particulière ou chaque album demande la création d’un discours spécifique pour public lui aussi spécifique, les magasins. C’était mon travail à
Abeille Musique. A la fois créer du discours pour les auditeurs sur Internet avec les podcasts mais aussi créer du discours commercial pour les représentants, les accroches commerciales des feuilles de préco.

C’est justement dans ce dialogue entre distributeur et magasins que la crise existe. C’est, selon moi, le cœur de la crise Internet, le téléchargement n’étant qu’une conséquence de cette rupture de dialogue.


Avant de finir sur Internet, petit passage par toute la création de discours autour de la sortie d’un album, qui permet d’enrichir le discours commercial entre le distributeur et le revendeur. Attaché de presse, achat d’espace pub, concerts, bouche à oreille…une multitude de situation de communication accompagne le CD. La plus importante, le bouche à oreille. La plus importante pour le revendeur, la publicité (vous lui communiquez une prise de risque).


Transition avec le net donc. Passage d’un schéma traditonnel à une communication plus directe à une communication de flux.


Le rapport « direct » entre l’internaute et l’artiste du web 2.0 n’est pas une situation de communication directe à part entière mais une somme de communication directe. Comme pour le schéma du P2P, chaque internaute est en lien direct avec une multitude d’internaute.


On s’abonne à des flux RSS de conversation (forum), d’actualité, de sites communautaires (
Facebook, Myspace….)

La communication se fait sur le temps et non sur un rapport direct. Le rapport direct s’organisent en flux, en communautés (mes friends sur
Facebook) qui organisent peu à peu notre identité numérique. Ces flux représentent nos goûts, nos choix, nos centres d’intérêt, bref, notre identité.

Coté musique, même si pour l’instant le modèle de vente à l’unité prédomine le marché, c’est l’abonnement qui semble le plus adapté à la musique en ligne. Payer l’accès à l’unité plutôt qu’un achat au morceau.


Quelque soit le modèle, le principe de la
Long Tail semble s’appliquer. La mise à disposition des morceaux du fond de catalogue sur la toile rapporte plus que les 20% des produits qui représentent actuellement les 80% du CA.

Ca, c’est la théorie. Des études sont en cours sur la viabilité de cette loi sur les sites de téléchargement payant pourtant si pauvre en fond de catalogue.


Le secteur musical se retrouve donc dans un niveau système de valeur, complémentaire avec le système traditionnel mais dans lequel les discours traditionnels ne s’appliquent plus. Les échecs des sites marchands avant
iTunes Music Store le montre. Toutes les applications à l’identique du secteurs physique au secteur traditionnel le prouve.

Dans ce nouveau système, au delà des business model à inventer, il faut avant tout créer des discours. Discours entre les artistes et les auditeurs comme dans
musique 2.0 de Borey Sok, discours entre les sites marchands et les consommateurs (les avis des consommateurs sur Amazon ou iTunes sont les rares exemples), discours entre l’émetteur et les récepteurs (comme sur Last.fm ou les goûts des auditeurs pré-fabriquent les playlists.

Chaque nouvel outil, chaque nouvelle application implique une création de nouveau discours. Création de para-texte numérique pour soutenir, rendre visible et promouvoir chaque artiste.


L'analyse de discours n'est pas superflux. c'est un outilutile pour la compréhension d'un système. Pour ma part, je n'étais pas mécontent de cette heure et demi passée avec ces jeunes M1 info-com (bac +4). Je fut surpris à la fin de mon intervention de l’enrichissement d’une telle initiative. Prendre le temps de réfléchir, selon un axe, ici l’analyse du discours, de la situation du marché, ça clarifie la tête !


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