vendredi 30 novembre 2007

Faisons le marché


France culture toujours, avec lundi dernier l’économie en question. Portrait et rencontre avec Michel Pébereau, président du conseil d’administration de BNP Paribas, homme à tout faire dans l’économie, de l’enseignement à sciences po à la politique en passant par ses rôles dans différents groupes.
Homme d’économie « de gauche » comme il aime le dire. Il a écrit un guide pour lutter contre la dette publique « c’est possible ! Voici comment… »

Un portrait d’une heure très intéressante de cet homme qui aime Bach, Mozart et la sciences fiction.


Et puis il y a cette citation qui m’a trotté dans la tête toute la semaine :

« L’économie de marché, c’est la façon la plus efficace de gérer l’économie.
Le président Lula, le président du Brésil a coutume de dire que les gens qui nient que l’économie de marché est la façon la plus efficace et la seule façon en réalité de gérer l’économie, on la même attitude que l’Eglise Catholique lorsqu’elle réfutait les thèses de Galilée selon lesquelles la terre tourne autour du soleil.
Donc l ‘économie de marché à mes yeux comme aux yeux du président Lula, c’est la seule façon de gérer l’économie. Donc, y a pas de question à se poser autour de cela.
Ensuite, il s’agit de savoir quelle forme doit avoir la société. Nous vivons dans un beau pays, la France, et nous avons des traditions, une culture, une histoire. Il faut faire en sorte que notre collectivité française gère son économie de marché selon des modalités qui soient cohérentes avec cette culture et cette histoire.
Cela implique une économie de marché qui s’accompagne d’un grand esprit de solidarité et beaucoup d’humanisme et donc il est nécessaire de faire fonctionner au mieux l’économie de marché mis en sachant que le produit de cette économie de marché, l’efficacité de cette économie de marché doit être mis aux services de ces différentes valeurs. J’ajouterais que l’économie de marché implique des régulations car il va de soi que le marché livré à lui-même peut tout à fait dérailler. Et donc il faut des régulations, par exemple, il faut des régulations qui assurent des conditions de concurrence loyale car s’il n’y a pas de régulation pour assurer les conditions de concurrence loyale, les acteurs de l’économie peuvent avoir tendance à se placer dans des positions dans lesquelles il n’y a plus de concurrence. Or, l’économie de marché est efficace que si la concurrence est bien effective. »

Cette citation m’est revenue de plein fouet quand je me suis retrouvé dans un Monsieur Bricolage du 12ème arrondissement parisien.
Le magasin mettait en avant un vaste choix de radiateurs d’appoint (il fait très froid à Paris) et….un superbe choix de tronçonneuses !
Aucun déshumidificateur électrique mais de belle bête pour couper les platanes devant son immeuble. C’est quoi le marché de la tronçonneuse sur Paris ?
Pourtant, il me semble, à Paris on trouve plus facilement des appartements humides que grands jardins privés à fort besoin de tronçonneuse. A moins que ce soit le cadeau idéal pour Noël
Bref, la centralisation de Monsieur Bricolage nous a fait preuve une fois de plus que centraliser à tour de bras peut aboutir à quelques incohérences. Mais qui sait, ils vont peut être les vendre ?

Un magasin qui vend des tronçonneuses, un ponte de l’éco qui vante les mérites de l’économie de marché et sa régulation…
Mais quel est le lien avec la musique ?


Voilà presque une semaine que je me pose ces questions :
Pour la musique, doit-on parler d’économie de marché ?
Si oui, qui régule ce marché ?
Qui le régule sur Internet ?
Si non, est-ce une mission de service publique ?


De la stratégie à la « Monsieur Bricolage », on en trouve de partout, dans tous les grands magasins aux rayons disques. Si le dernier album de Massilia Sound System est en bonne place dans les magasins de la cité phocéenne, il n’en est pas de même dans ceux d’Avignon. Trop centralisé, pas assez en lien avec le marché.


Donc économie de marché pour la musique ?
Oui, plutôt.
D’abord à cause de sa TVA à 19,6% mais aussi avec ses acteurs. Ces grands groupes du privé, ces majors ou ces indépendants, ces tourneurs ces producteurs, plein d’acteurs économiques qui fabriquent de la richesse avec de la musique.

Bon, mais pourtant, quelque chose ne tourne pas rond. Où est le régulateur ?
Dans les lois d’économie de marché et à Bercy alors. Le marché du disque est géré par les mêmes lois que les autres activités commerciales.


Et pourtant, quelque chose me tracasse encore et encore.
« Or, l’économie de marché est efficace que si la concurrence est bien effective. »
Nous y voilà. But, Goal, essai, panier, à vous de choisir.
Sur le papier, oui, il y a concurrence entre les différents acteurs du marché de la musique, sinon, on ne passerait pas son temps à se voler ses meilleurs artistes.
Mais le public, la base du marché, l’acheteur, il y a-t-il concurrence pour lui ? Choisissons-nous une musique en comparant avec la concurrence selon des critères physiques ou « scientifiques » (nombres d’instruments, durée, prix…) ?
Non bien sûr que non.

C’est l’émotionnel, l’affect qui guide notre choix. En fait, il n’y a pas vraiment de concurrence mais du choix. Plus l’offre d’un point de vente est grande, plus il est de qualité. Quelque soit le marché (physique ou numérique), la musique est gérée par les lois du marché. Pourtant, sa principale caractéristique est qu’elle n’obéit pas aux lois du marché. D’où l’importance de la régulation. Si le marché suit les règles du marché, on tend vers une globalisation et aucun organe de régulation peut intervenir pour limiter ou garantir cette diversité…culturelle.
Pourtant, c’était le rôle de la mission de la commission Olivennes, garantir la diversité culturelle.
Notre régulateur serait notre petit régulateur de ministère de la culture, et autres institutions SACEM /
ADAMI / CNV… ?
Motus et bouche cousue sur ces aides à la création à la diffusion : de l’argent public dans une entreprise privé c’est pourtant contraire aux lois qui régule l’économie de marché.

Il faudra pourtant un jour offrir la boîte de Pandore !
Combien coûte ce saupoudrage de subvention d’aide à la création ou à la diffusion ?
Comment adapter ces aides publiques, ces formes de régulations (publiques ou pas) au marché mondial de la musique en ligne ?

Quel régulateur pour garantir nos « traditions, (notre) culture, (notre) histoire » ?

La suite des débats s’annonce passionnante !

jeudi 29 novembre 2007

Monsieur Olivennes est très fort


Ce matin, je me suis réveillé avec monsieur Olivennes, invité de l'émission « les matins » de France Culture à écouter ici (Les Matins en version intégrale).
Au menu, biensûr, son accord…

« C’est pas un rapport mais c’est un accord c’est ça que je souhaitais faire dans un délais limité et sur un nombre d’objet restreint pour qu’on soit sûr d’être efficace. Ça ne vise pas à éradiquer le piratage, ça vise à trouver des mesures consensuelles d’application immédiate. Donc en fait il y a trois mesure principales.Une mesure de dissuasion du piratage d’un côté et deux mesures en faveur des consommateurs. »

Les mesures sont connues par tous :
4 mois pour avoir la VOD et la suppression des DRM sur les catalogues français, une première mondiale.
La mesure pour dissuader le piratage, c’est le « permis à point » comme le dit très bien Homo-numericus.
Je ne vais pas revenir sur ces points largement traité sur la toile mais simplement sur les meilleurs moments que ce cher monsieur Olivennes m’a offert.


L’enfer, c’est les autres


A la question :
« Est-ce qu’il n’y a pas une partie qui manquait cruellement à la table où vous avez signé l’accord, à savoir les associations de consommateurs ? On a pu entendre récemment l’émotion de l’UFC Que Choisir, la plus grande d’entre elles décréter, ou analyser enfin dire que cet accord était liberticide et(…) qu’il allait à rebours du sens de l’histoire numérique ».
Monsieur Olivennes répond d’abord :
« Heureusement qu’il n’avait pas dit qu’on avait assassiné Henri IV »
histoire de détendre l’atmosphère puis contourne la réponse en ne voyant rien de liberticide à supprimer de façon temporaire une personne faisant un acte de contrefaçon. Une argumentation qui passe avant de placer un coup bas :
«( …) Donc les consommateurs ont les a entendus. Mais d’abord, c’est une nébuleuse qui n’est pas très organisée. Quand vous dites la plus grande association des consommateurs UFC Que Choisir qui représente-t-elle exactement ? Et d’autre part, elles sont sur une telle position radicale que, je veux dire, pour faire un accord, il faut qu’on trouve une position commune, or, la position de UFC Que Choisir je dois dire un peu hypocrite, je le dit aimablement. C’est, "ah évidement, on est tout à fait contre le piratage et on est pour la rémunération des artistes mais on est contre mesures qui puissent, si peu que ce soit, faire obstacle au piratage. Le filtrage ? On est contre. Les radars ? On est contre. Les mesures d’avertissement ? On est contre". Ils sont contre tout mais en faite, ils disent qu’ils sont pour le financement de la création mais dans les faits, comme ils font obstacle à toute mesure qui permettrait d’y parvenir, ils sont hostiles, ils sont pour le piratage. »

C’est pas bien beau de se moquer de ses principaux ennemis, ces rampants qui s’organisent en lobby, qui vont chercher des poux à tous ces braves marchands, qui farfouillent, avocats en mains, les lignes minuscules des contrats remplis de closes abusives.
C’est par solidarité avec le milieu marchand que Monsieur Olivennes se sent obligé de discréditer une association qui fait son travail de lobby ? Ca permet d’oublier les autres, comme Odebi qui, miracle, est une "organisation indépendante destinée à défendre les droits et libertés fondamentaux dans la société de l'information".

On ne pouvait pas rêver mieux pour cet accord. Au Grenelle de l’environnement, les marchands d’insecticides et les pétroliers étaient à la même table que les associations écologiques. Pas concevable pour lutter contre le piratage ?

De plus, ces associations « contre le piratage et on est pour la rémunération des artistes » on des propositions comme la licence globale ou plein d‘autres choses comme la suppression de DRM qu’une major ne voulait pas entendre parler il y a encore quelques mois…
Enfin, et ce crime mérite la cour pénale, le recyclage du « soit ils sont avec nous, soit ils sont contre nous » est lamentable (et je pèse mes mots).
Les métaphores de vendredi venant de Nicolas Sarkozy en plein fantasme de Far West, étaient déplacées, mais venant de vous, Monsieur Olivennes, mais c’est à vomir !

Quelle valeur peut-on donner à cet accord si son dirigeant est aussi manichéen et formaté par une vision du marché numérique à milles lieues des réalités ?



Monsieur Olivennes le boutiquier


A la question :
« il y a de moins en moins de Cd dans vos rayons comme dans tous les grands supermarchés de la culture »
Monsieur Olivennes brille :
« D’abord il n’y a pas de moins en moins de références dans les rayons, le nombre de références augmente de 3 à 4%…
- Pourtant le sentiment du promeneur…
- Sentiment infondé ! Ce sont les mètres qui se réduisent, pas les références »

Théorie Shadock ou ruse de Sioux ?
En effet, le nombre de référence augmente car il y a des nouveautés toutes les semaines. Par contre, pour les acheter, il faut aller sur fnac.com qui est le seul à rendre accessible ces fameuses références, vous savez, celles qui sont vieilles de plus de 3 semaines.


Vers un prix Nobel de l’économie ?


« C’est un principe économique de base que tout le monde comprendra, quand vous pouvez avoir à peu près le même objet pour 0 Francs ou 0 € plutôt, pourquoi iriez-vous le payer ? »
Répondons par une question. Alors pourquoi Gallimard a inventé la collection La Pléiade, avec pleins d’auteurs dans le domaine public, (donc gratuit) et pourquoi ce même Gallimard vend-il très cher La Pléiade alors qu’il vend aussi ces œuvres à prix discount en poche ? Pourquoi vendre des eaux minérales de marques alors que les marques de supermarchés sont moins chères ? Est-ce que la notion de « valeur ajoutée » a-t-elle un sens dans vos notions économiques ?
Retour sur le « vous pouvez avoir à peu près le même objet ». Alors un phonogramme numérique et un CD (physique) sont la même chose ? Alors pourquoi Radiohead sort un coffret collecteur de leur dernier album et une version CD, alors qu’il est disponible, au prix que l’on souhaite, sur Internet ?



L’ouverture, un concept à la mode…

« il ne faut pas que quelques centaines d’internautes voir quelques milliers d’internautes peut être déterminent le sort du pays »
. Les concernées seront ravis. J’adore le concept du lobbing à sens unique : négocier avec les syndicats des producteurs sans négocier avec "la partie adverse". Et pourtant, ils ne sont pas nombreux mais ils sont fichtrement efficaces, « cette tyrannie de minorité », et surtout très informés et riches en idées sur le sort des produits culturels en ligne. De Ratatium au blog de Philippe Axel en passant par les catalyseurs numériques ou le FING, un panel d’idéos, de concepts, de point de vue qui ne demande qu’à débattre sont là. Au delà des geeks qui s’énervent sur les forums, on trouve énormément d’analyses et des points de vue en lien avec les problématiques du marché qui sortent du clivage présidentielle :
"pirate = jeune et téléchargement = vol".
Sans partager toutes ces idées provenant de la toile, leurs lectures sont loin d’être inutile.


Monsieur Olivennes, le rebelle de la Fnac

A la question d’Olivier Duhamel du conflit d’intérêt possible quand un vendeur de musique fait ce rapport , monsieur Olivennes répond :
« J’ai un énorme conflit d’intérêt car la Fnac à un intérêt très gros au piratage. La musique c’est moins de 10% du chiffre d’affaire de la Fnac et 0% de son résultat et probablement un résultat négatif. En revanche, tous les outils du piratage et du développement Internet, les PC, les baladeurs, les graveurs les abonnements Internet c’est 50% du revenu de la Fnac et c’est une très large partie de ces résultats…
- mais c’est un peu plus compliqué, vous avez aussi un site de vente en ligne de musique que vous essayez de développer…
- Tout ça est epsilonesque ! (…) Si je m’étais strictement aligné sur les intérêts de la Fnac, je me serais bien gardé de m’occuper de tout ça et j’aurais laissé faire le développement d’Internet qui m'est très favorable (…) Mon rapport est contraire avec les intérêts de la Fnac. »

La belle image. Comme la musique ne me rapporte rien, je n’ai pas de conflit d’intérêt. C’est simple, c’est clair c’est précis comme dirait l’autre. Le culot, c’est dire que la réalisation de ce rapport va à l’encontre des intérêts de la Fnac. Alors, développer la vente en ligne et lutter contre le piratage serait-il mauvais pour les affaires. La Fnac, Apple, Windows, Google, Free et DELL seraient-ils les méchants profiteurs du piratage ?

Tout ça manque une fois de plus de cohérence et c’est bien dommage. Le culte de la bonne formule remplace la discussion argumentée et même France Culture se trouve touché. En effet,
Le « on est pas dupe » et de l’importance d l’image de l’agitateur culturel d’Alain Gérard Slama n’a pas eu droit à une réponse. Voilà pour mon best of de monsieur Olivennes.


Conclusion


Pour un accord qui va aboutir à une loi, il y a de quoi s’inquiéter. Cet accord pour « u-na-ni-me » laisse place à de nombreuses questions et cette frustration d’être passé très près d’un débat constructif.

Non, je n’en veux pas à monsieur Olivennes qui n’a fait que son travail, dans la logique de son groupe (voir la stratégie utilisé à la Fnac pour réduire la place des indépendants en rayons et pousser ses chers adhérents, chers clients sur fnac.com et fnacmusic.com) et a répondu présent à une commission qui se devait de résoudre vite le problème du téléchargement (des résultats, encore des résultats).
Je n’en veux pas non plus au SNEP, à la SACEM et tous ces faiseurs de discours sur la mort de la production à cause du piratage.
Je n’en veux pas non plus aux « P2P addict » de télécharger gratuitement et, du coup, de sortir un peu du formatage des médias en ayant une abondance de chose (même si peut-être un quart seulement sera écouté).
Je n’en veux pas non plus à ceux qui souhaitent voir disparaître les éditeurs et les producteurs, ces « voleurs » qui font de l’argent sur le dos des artistes, qui « profite du système » et qui nuit à la création.


A chaque niveau, chaque profession, chaque acteur de cette fabuleuse chaîne qu’est le marché de la musique, chacun à sa vision de la crise. Plus l’on prend de hauteur, plus sa vision s’enrichie de celle des autres, plus le problème du piratage devient complexe et impliqué dans une fourmilière de problèmes, plus complexe les uns que les autres.
Un vrai melting pot d’emmerdes. Ca peut faire peur mais pour ma part, ça m’existe. Tout est à inventer et chaque genre musical, chaque secteur d’activité doit faire peau neuve et inventer sa nouvelle économie, son marché, sa communication.

vendredi 23 novembre 2007

C'est comme au PMU !



Il est 19h, je viens de regarder la vidéo de grande annonce du président, les fameuses conclusions de la non moins fameuse commission Olivennes.
Je m’étais spontanément censuré à la création de cette commission dont les conclusions devaient « tenir sur une feuille A4 » (parce qu’il est trop dur d’écrire sur du papier hygénique ?).

Après l’écoute du discours ô combien amusant de notre président, ce ne sont plus les conclusions de cette commission, connues depuis ce matin qui m’attriste le plus, mais la façon dont cela à été fait. Un problème majeur traité par-dessus la jambe. Sans revenir sur le CV de monsieur Olivennes, qui, en tant que patron de la Fnac en connaît un rayon sur la disparition de la diversité en magasin, c’est ce retour idéologique en arrière qui appelle au vomi.

Télécharger = mal.
C’est fait par des pirates = jeunes qui faut sauver
Les droits d’auteurs = patrimoine de la France = Génial (donc sans problèmes) = 100% adaptable à Internet = moi je suis le pape ?

« ces jeunes » car tout le monde sait que passé 30 ans on ne télécharge plus, sont tantôt « de bonne fois » quand il recevront le mail de menace de leurs FAI, tantôt des bandes criminels organisées, qui, comme tout le monde le sait, financent le terrorisme. Courage, madame Dati veille maintenant avec sa nouvelle super commission.

Du Sarkoshow, dans un après midi d’automne où le froid crispe les jambes de la ministre de la culture, où Olivennes, laissant sa classe à l’entrée en sautillant sur place pour ne pas avoir de varices.

Un aller retour au PMU du coin de ma rue m’aurait apporté ces mêmes conclusion, Sarkozy en moins.
« ceux qui téléchargent, ba, ils volent, c’est normal de les punir » et autre « si on ne fait rien, c’est la fin de la diversité culturelle ».

Le téléchargement gratuit fait mal, mais il ne fait pas tout.

Du bout des lèvres, Sarko admet que les DRM sont un frein à la vente légale. Mais tout ça pour ça !
Un renforcement de la répression qui est inefficace.
Organiser un flicage des internautes par les FAI, ça c’est novateur. A la fois anticonstitutionnel, très 1984, pour permettre le développement de P2P crypté. Une fois de plus, « ce projet pédagogique » relève tous les défis.

40 bonnes minutes de discours avec en intro le supplice des grèves, pour arriver à quoi ? A une ribambelle d’idées reçues et de raccourcis fumeux que même les poivrots de mon PMU n’osent plus faire. « Est ce pas qu’il y a des assassinats que l’ont va changer la loi tu ne dois pas tuer ton prochain ? » ou « le problème de la France, c’est qu’on légifère, puis y a l’administratif et tout ça c’est très lourd » ba oui ma bonne dame, et j’en passe, et des meilleurs !

Le pirate est un jeune qui vole et ne sait pas ce qu’il fait. C’est mal, il faut lui dire pour qu’il change. 1+1=2.
La musique a subi le piratage. Gare aux autres secteurs d’activité. « les mêmes causes produisent les mêmes effets » et la « toile d’internet », qui donne accès à la culture ne soit pas « être un OK coral ». et oui, aujourd’hui avec le « haut débit, plus de la moitié des films sont sur ces sites de P2P » la moitié seulement ?


Pour le Cinéma donc, les VOD sortiront en même temps que les DVD (ça c’est de la révolution). « Les salles de cinéma sont le passé, le présent et l’avenir » et « comme je le dit moi, une salle de cinéma c’est un lieu où un public va voir un film ». De la réforme avec un grand R je vous dit ! Les professionnels apprécieront. Les films restent moins longtemps en salle, « ba c’est comme ça, de mon temps, début des années 60 (rires) place Clichy, Ben Hur, 4 ans à l’affiche….Ba on ne le vivait pas si mal »
Bravo le coup de l’exception qui n’a rien à voir. Un problème sympa pourtant, le temps d’exposition d’une œuvre, un sujet qui touche aussi les livres et surtout les disques mais…on s’en fout, car le mal vient des pirates, pas des magasins !

Enfin, la diversité culturelle est entre bonne main. Eviter les sujets qui fâchent (ça fait baisser les sondages ?), caresser dans le sens de l’immobilisme et surtout, surtout, ne pas se poser de questions majeures sur l’avenir des droits d’auteur sur Internet, la rémunération des artistes, l’offre culturelle sur Internet et dans le monde réel, la place de la francophonie sur Internet et tout ce qui se rapproche de près ou de loin à une réflexion sur la culture et le divertissement dans les nouvelles technologies.
On fait de la réforme tout public garantit 6 mois (« si ça ne va pas, on change ») car « je suis jugé sur mes résultats ».


Petit, quand je faisait mal mes devoirs, au temps où moi aussi j’étais jugé sur mes résultats, j’avais toujours un travail bâclé en rouge qui traînait en haut de ma copie.

jeudi 22 novembre 2007

Un aller retour en Palestine

Jeudi 15 novembre, en pleine grève, à pied et en vélib, je me rend au café de la Danse pour un concert du Trio Joubran. 4 jours (presque) complet malgré les grèves.

Ces trois frères palestiniens jouent du Oud. Samir, l’ainé, est le leader incontestable. Ses deux cadets le suivent et forment, après quelques notes qu’une seule entité, le trio Joubran. C’est en anglais que Samir fait la présentation du groupe. les frères Joubran mais aussi toute l’équipe de production forment une grande famille.
Une famille qui s’agrandit avec la présence (ô combien extraordinaire) du percussionniste
Youssef Hbeisch.

Pas besoin de folle hystérique pour demander le silence dans ce concert. Le public est immédiatement saisi par les premières notes de Oud. Le voyage commence. Le son était excellent et la prestation du trio remarquable.
Subtil.
Voilà comment résumé ce concert. Subtil et très intelligent, comme la réflexion de Samir sur la situation en
Palestine. La musique passe d’un Oud à l’autre, Youssef Hbeisch ajoute le zeste rythmique qu’il faut.

3 ans après ma première rencontre avec le groupe à Arles, j’ai pris ma claque jeudi dernier au café de la danse. Plus d’une heure trente de concert face à un public qui ne les lâchait plus. L’album Majâz mais aussi un morceau de Randana ont été joué ce soir là. A la sortie, ce fut la cohue devant les CD en ventes, partis comme des petits pains. Après 10 minutes, le hall d’entrée s’est transformée en salon de dédicace en Français et en arabe.
Malgré le froid et les grèves, tout le monde est reparti avec le sourire. Une très belle soirée.

Pour ce qui ne connaissent pas le Trio Joubran, je vous invite donc à les découvrir. Leur dernier album, Majâz, est un petit chef d’œuvre chez Harmonia Mundi. Pour les voir sur scène, c’est ici.

Le
trio Joubran est aussi disponible aussi sur Internet. Ci joint ce player mis à disposition par Believe, leur agrégateur.


Mais tout ça, on en reparle plus tard…C’est promis.

Retour à la FAC


Bon, les grèves de transport ont aussi des conséquences sur les blogs. Partageant la connexion internet avec ma chère et tendre, entre conf call et skype réunion, j’ai fait le strict minimum sur le web. Mardi 13 novembre, Paris III Sorbonne Nouvelle, j’ai été invité par Laure Dasinieres, allocataire monitrice en info com et animatrice de l'atelier d’analyse du discours médiatique, à parler du discours dans un secteur d’activité particulier, à savoir, la musique. Joli petit exercice en faite. Censier n’étant pas la fac d’Avignon, je suis venu sans powerpoint et sans son, ce qui fut bien dommage. Un disque en main, quand même, All’improvviso, de l’Arpeggiata de Christina Pluhar aux éditions Alpha. Pas un hasard. Entre musique traditionnelle (dont la chanteuse Lucilla Galeazzi est une spécialiste pour l’Italie) et musique baroque (avec le ténor Marco Beasley que j’adore), ce disque me paru intéressant pour l’analyse du discours. Retranscription et réinvention d’une musique avec les traces de partitions trouvées, partir d’un discours écrit pour réinventer la musique. Atteindre un son avec quelques archives, en voilà une belle entrée en matière ! Pour simplifier les choses, je suis parti du schéma de Roman Jakobson (ci-dessous) simplifié à l’extrême :

Destinateur (émetteur) / MESSAGE / Destinataire

L’idée, mettre en avant les acteurs de la production musicale qui apporte du discours entre la musique (universelle, réceptionnée par tous) et l’auditeur. Les discours rapportés ne sont que métadonnées (ou para-texte) qui apporte du sens (livret) de l’accessibilité (CD) ou de la valeur au morceau.
J’ai volontairement choisi cette forme simplifié pour mettre en avant la multitude de différents discours présent dans le processus de « sortie de disque ». Partant de là, chaque étape de la création d’un CD devient une situation de création de discours. Valorisation et information (livret, métadonnées) créé par l’éditeur, facilité accessibilité (création du CD) par le producteur s’adressant bien sûr à l’auditeur. Ces para-texte ne sont pas indispensables à la réception du message « musique » mais ils facilitent son accès, sa compréhension, sa valorisation...

Le tournant, dans la création du discours, est le rôle du distributeur. En tant que vendeur, le distributeur est une situation communication commerciale (qui n’a rien d’honteux soit dit en passant). Le discours créé s’adresse aux magasins et non à l’auditeur. Riche de son album rempli d’info, de musique et qualité…, le distributeur doit créer un discours commercial pour un produit qui ne répond pas aux lois commerciales traditionnelles. Un CD n’est pas le concurrent direct d’un autre CD comme peuvent l’être deux lave vaisselle ou deux téléphones.
Ce qui va départager les clients repose sur l’affectif (connaissance du morceaux) ou l’image qu’il dégage (marque du label, nom d’un artiste, visuel ou publicité ventant tel ou tel artiste). La musique devient un message secondaire, les para-texte prennent plus d’importance que le message lui-même : nom de l’artiste, packaging, prix, promo…


Donc une situation particulière ou chaque album demande la création d’un discours spécifique pour public lui aussi spécifique, les magasins. C’était mon travail à
Abeille Musique. A la fois créer du discours pour les auditeurs sur Internet avec les podcasts mais aussi créer du discours commercial pour les représentants, les accroches commerciales des feuilles de préco.

C’est justement dans ce dialogue entre distributeur et magasins que la crise existe. C’est, selon moi, le cœur de la crise Internet, le téléchargement n’étant qu’une conséquence de cette rupture de dialogue.


Avant de finir sur Internet, petit passage par toute la création de discours autour de la sortie d’un album, qui permet d’enrichir le discours commercial entre le distributeur et le revendeur. Attaché de presse, achat d’espace pub, concerts, bouche à oreille…une multitude de situation de communication accompagne le CD. La plus importante, le bouche à oreille. La plus importante pour le revendeur, la publicité (vous lui communiquez une prise de risque).


Transition avec le net donc. Passage d’un schéma traditonnel à une communication plus directe à une communication de flux.


Le rapport « direct » entre l’internaute et l’artiste du web 2.0 n’est pas une situation de communication directe à part entière mais une somme de communication directe. Comme pour le schéma du P2P, chaque internaute est en lien direct avec une multitude d’internaute.


On s’abonne à des flux RSS de conversation (forum), d’actualité, de sites communautaires (
Facebook, Myspace….)

La communication se fait sur le temps et non sur un rapport direct. Le rapport direct s’organisent en flux, en communautés (mes friends sur
Facebook) qui organisent peu à peu notre identité numérique. Ces flux représentent nos goûts, nos choix, nos centres d’intérêt, bref, notre identité.

Coté musique, même si pour l’instant le modèle de vente à l’unité prédomine le marché, c’est l’abonnement qui semble le plus adapté à la musique en ligne. Payer l’accès à l’unité plutôt qu’un achat au morceau.


Quelque soit le modèle, le principe de la
Long Tail semble s’appliquer. La mise à disposition des morceaux du fond de catalogue sur la toile rapporte plus que les 20% des produits qui représentent actuellement les 80% du CA.

Ca, c’est la théorie. Des études sont en cours sur la viabilité de cette loi sur les sites de téléchargement payant pourtant si pauvre en fond de catalogue.


Le secteur musical se retrouve donc dans un niveau système de valeur, complémentaire avec le système traditionnel mais dans lequel les discours traditionnels ne s’appliquent plus. Les échecs des sites marchands avant
iTunes Music Store le montre. Toutes les applications à l’identique du secteurs physique au secteur traditionnel le prouve.

Dans ce nouveau système, au delà des business model à inventer, il faut avant tout créer des discours. Discours entre les artistes et les auditeurs comme dans
musique 2.0 de Borey Sok, discours entre les sites marchands et les consommateurs (les avis des consommateurs sur Amazon ou iTunes sont les rares exemples), discours entre l’émetteur et les récepteurs (comme sur Last.fm ou les goûts des auditeurs pré-fabriquent les playlists.

Chaque nouvel outil, chaque nouvelle application implique une création de nouveau discours. Création de para-texte numérique pour soutenir, rendre visible et promouvoir chaque artiste.


L'analyse de discours n'est pas superflux. c'est un outilutile pour la compréhension d'un système. Pour ma part, je n'étais pas mécontent de cette heure et demi passée avec ces jeunes M1 info-com (bac +4). Je fut surpris à la fin de mon intervention de l’enrichissement d’une telle initiative. Prendre le temps de réfléchir, selon un axe, ici l’analyse du discours, de la situation du marché, ça clarifie la tête !


lundi 5 novembre 2007

Noël en boite

L’effet coupe du monde de Rugby c’est aussi ça. Dans les vitrines des magasins, les poteaux, les ballons ovales, les maillots et Chabal ont été troqués contre des arbres et des papas Noël, sans passer (ou presque) par la case Halloween.

Alors voilà, le 31 au soir, sur une radio FM, on pouvait écouter de superbes pubs de Noël. Maigre consolation, c’était (que) pour des jouets.

Le coup d’envoi est donc donné, de plus en plus tôt, de plus en plus vite, de plus en plus commercial. Et comme tout le monde sait que le Père Noël ne fabrique plus « les beaux Joujoux que je voit en rêve » mais va les acheter avec sa Kangoo (à cause du coffre et des sièges rabattables) dans toutes les GSA et GSS de France et de Navarre.

Alors soyez tendances ce Noël. Si vous ne voulez pas passer pour un has been, c’est écran plat et l'iPhone, le reste n’est que poudre aux yeux et pipi de chat (à part peut être le lecteur HDVD et les consoles Xbox-PS3-Wii pour les retardataires).

Le cadeau tendance sera donc High-tec avec, mon pronostic, un gros buz sur le Asus Eee PC à 300€. Un PC portable sous Linux conçu pour les pays en développement qui n’en n’ont toujours pas vu la couleur : le hold-up de l’année.

Et la musique dans tout ça ?
Ah, oui, c’est vrai, la musique….Un CD c’est pas top, c’est radin, c’est mal vu, c’est ringard, ça fait pauvre… Place à l’abondance.

Après le succès de Mozart et son intégrale à 99€, Brilliant Classics et Abeille Musique recyclent jusqu’à plus soif. Bach, Chopin ont eu la leur, place à Beethoven.
A chaque coffret, une amélioration. Du sachet de disque moins cheep au super livret en livre en passant par des enregistrements historiques, les intégrales sont comme le vin, elles s’améliorent avec le temps.
À voir donc le coffret Beethoven, sans doute la meilleure intégrale avec Chopin pour le couple franco-hollandais.

Mais voilà, les intégrales, c’est aussi comme les champignons, ça poussent vite et partout.
Enragé de voir un indé faire disque d’or en 5 mois avec Mozart, la riposte des majors ne s’est pas fait attendre.
La plus réussie et agressive est sans doute celle d’Universal. 50 opéras en versions intégrales, un livret de 200 pages pour le meilleur des opéras de Decca, Deutshe Grammophon et Philips avec des interprètes de légende.
Le tout pour 99€ mais en (vraie) réduc dans de nombreuses enseignes. Un tirage unique, il n’y aura pas de second couvert.

Philips avait une intégrale Mozart qu’il lui suffisait de solder pour couper l’herbe sous le pied d’Abeille. L’erreur ne s’et pas faite deux fois. Fini donc (pour un moment) les compilations "4 Cd du meilleur de Chopin à moins de 10€" pour du costaud et du très abondant. On sort le grand jeu, le back catalogue de qualité pour le plus grand plaisir des mélomanes.
Et ce n’ai qu’un début. EMI remet le couvert avec l’intégrale de la Callas qui est « presque » une intégrale, (il manque Vespri Siciliani) mais accrochez-vous pour trouver le tracklistng complet des 70CD de ce coffret sur Internet. La palme de la non information revient à Emi Classics qui résume ce coffret à :

« Title : The Complete Studio Recordings
Artists : Maria Callas (1923 – 1977) »

Le ton est donné.
Prix plancher, cadeau idéal, bonne promo, ces coffrets sont pour le sapins avant d’être pour le mélomane. L’info est sur et dans la boite, l’achat se fait en magasin, pas de temps à perdre sur Internet avec ces produits destinés pour leurs courtes carrières aux uniques têtes de gondoles (les rayons ne pouvant accepter leurs grosses tailles).
Dans cette foire aux sapins, les coffrets pullulent. Il y en a pour toutes les bourses et les magasins, équipés pour recevoir des boîtiers de 130g format 12x12cm ne savent plus quoi en faire de ces grosses boites.
Alors on stocke façon hard discount. À même le sol ou presque, un tas d’intégrales montées en pyramide pour cachet le bois du comptoir ou étalées comme un château Lego en construction sur un drapé noir car c’est quand même du classique.

La frénésie gagne le hors classique avec le coffret Pink Floyd limité à 10 000 exemplaires avec….un poster collector (super).

Hotel Costes avec son interminable Hotel (un étage par album) nous sort une boite trop choux en velour pour son intégrale. Un petit meuble à tiroir à l’image de la musique. J’en passe et des meilleurs comme le DVD des Beatles en format "presque A3" pour un bon 2,5Kg (c’est costaud pour un DVD) ou bien Sardou dans une boite en métal (pour toucher un public de prolos ?)



2007 l’année des coffrets ? Oui mais surtout l’année des échecs des coffrets.
Cette offre sans visibilité (les tas de coffret font pitié et ne donne pas envie) vont à la perte des coffrets.
Certes, EMI Classics et Universal sortiront leurs épingles du jeu. Le tirage limité de Pink Floyd et Hotel Costes partiront car ils sont visibles, d’un package original et soutenus par une bonne (ou du moins grosse) promo mais une bonne partie de ces coffrets vont droit dans le mur.
Elle n'est pas sans rappeler la frénésie des DVD musicaux qui est retombée comme un mauvais soufflé au fromage.

Pour le reste, allant du très bon au moins bon, c’est le « look » de la boite qui fera la différence.
N’oublions pas que « ces gros machins » auront d’abord une place sur l ‘étagère avant de l’avoir dans la chaîne Hi-fi du salon.

Et oui, faut que ça soit gros, gros comme un carton d’écran plat, pour faire chouette sous le sapin.