mercredi 11 juin 2008

Lettre ouverte à Catherine Clément et aux auteurs

Catherine Clément a eu des mots très durs envers la pratique du téléchargement ce matin sur France Culture. En s'attaquant à "ces voleurs à l'étalage", Catherine Clément a mis le doigt sur un sujet central, la place de l'auteur et sa rémunération.

Petit rappel :
"Vous me faites l'effet d'un voleur à l'étalage, voilà l'effet que vous me faites. Je ne m'adresse pas à Denis Olivennes. C'est à dire que votre histoire de création de valeur, je comprends très bien ce que vous voulez faire, c'est très mignon, c'est très joli, mais je me fais l'effet, moi, d'être quelqu'un à qui on a piqué quelque chose pour que vous le compreniez. Si vous ne voulez pas le comprendre, il faudra bien qu'on prenne des moyens autres mais comme vous n'avez pas l'air de comprendre que c'est du vol à l'étalage, je vous le dis tout net, vous me piquez de l'argent.
Ce sont mes revenus, c'est comme ça que je gagne ma vie mais vous défendez des gens comme ça. Ce sont mes revenus, c'est comme ça que je gagne ma vie. Qu'est-ce que je fais dans ces cas là ? "


Oui madame Clément, le P2P ne vous fait pas gagner d’argent. Oui, vous avez perdu de l’argent avec Internet. Mais combien, parmi ces pirates, auraient acheté votre œuvre ? Combien de ces pirates l’ont achetée ? Si le préjudice repose sur les droits de diffusion d’un documentaire, en quoi les utilisateurs des P2P sont-ils responsables de la non diffusion de ce documentaire à la télévision ? Malheureusement, ni vous, ni moi, pouvons répondre à ces questions. De même, personne ne peut chiffrer la perte réelle due au téléchargement de vos documentaires et peut être même déjà de vos ouvrages.

Je comprends la colère qu'entraînent ces pratiques, de voir le fruit de son travail s'éparpiller dans la nature sans vous rétribuer une juste rémunération. L'augmentation de votre public et de votre audience par ce principe n'est pas, pour vous, une compensation suffisante et c'est votre droit le plus strict.

On trouvera toujours des exemples contradictoires montrant l’intérêt ou le danger des échanges libres sur Internet.
Le téléchargement n'est pas l'origine du problème mais une conséquence logique à une multitude de facteurs sociologiques, informatiques, techniques et économiques. Internet repose techniquement sur le principe d'échange. C'est d'ailleurs pour cela que le réseau à été développé.
Les années 90 ont vu fleurir les regroupements des entreprises culturelles formant d'énormes groupes et modifiant leurs objectifs; je vous reporte à la saga Vivendi ou comment en regroupant des entreprises bénéficiaires, on a su créer du déficit.
Enfin, notre société de consommation et de médias a trouvé en Internet l'outil idéal pour répondre à ce besoin d'instantanéité. Le téléchargement est l'une de ces réponses.
Les faits sont là et, en tant qu'auteurs, producteurs, distributeurs ou communicants, nous devons faire évoluer impérativement le modèle économique pour être compatibles avec le web plutôt que de lutter contre.
Que votre œuvre soit écrite ou filmée, elle est inscrite actuellement dans un cercle de valeur. Un modèle économique est né autour de ce cercle de valeur. Ce modèle permet à votre producteur d’investir pour vos réalisations.
Malheureusement avec la dématérialisation du bien culturel, le modèle de valeur actuel n’est plus totalement compatible. Il doit évoluer.
Le fait que la nature des produits échangés soit culturelle complique la recherche de modèle fiable et ajoute au débat des notions à caractère politique, artistique et culturel. On touche à l’affect, à l’émotion et à sa culture.
La question n’est plus aujourd’hui sur le fait ou non de télécharger sur P2P de façon illégale. L’objectif n’est pas de rechercher de nouveaux outils performants pour lutter contre cette pratique, l’objectif est d’offrir aux artistes et aux producteurs les outils juridiques, économiques et techniques pour construire un marché et une offre légale de produit culturel sur Internet.
L’objectif est donc de créer de nouveaux modèles économiques viables et permettant la diversité de production. Une fois ces modèles mis en place dans un cadre juridique défini, il sera donc indispensable de mettre en place des modèles de répressions ou de ripostes graduées dignes de ce nom.
Comprenez bien mes propos, je ne milite pas pour un libéralisme sans limites sur le web le temps que les choses se tassent mais pour une réflexion commune et continue sur les outils à développer et inventer pour soutenir l’innovation et les modèles économiques naissants.
Le principal reproche que l’on peut faire à la loi HADOPI c’est justement de proposer une riposte sans améliorer cette économie naissante qu’est Internet. Une répression n’a de sens que si elle est associée à une amélioration et une innovation numérique.
Je ne milite pas contre la loi HACOPI pour protéger le réseau P2P mais pour réclamer une aide significative à la création et l’innovation.

Ainsi, votre travail écrit et audiovisuel sera justement rémunéré et votre producteur pourra continuer à financer vos projets et ceux d’autres artistes selon ses critères éditoriaux qui lui sont propres.


Enfin, l’échange est une réalité et de nombreuses entreprises souhaitent bien bénéficier de ces contenus culturels comme produits d’appel pour leurs services et leurs offres. Le poids des propriétaires de contenu est bien faible face à ces entreprises mais nous nous devons de donner naissance à de nouveaux modèles. Pour cela, nous devons faire l’effort de couper avec le traditionnel modèle économique, non parce que celui-ci n’a plus de valeur mais parce que son paradigme nous empêche de voir le monde numérique sous un œil neuf. C’est sans doute ça le plus dur.


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