jeudi 14 août 2008

L'enfer des Métadonnées, épisode 5 : une traduction nommée désir - Suite et fin

Quel est le point commun entre Bézu, Obadiah Parker, Bob Dylan, The Coors mais aussi Anne Sylvestre, Soko, Tri Yann et (!) Le Rallye Cor de Montmélian ?

La réponse est…le genre musical bien sûr !

Et oui, ces tantôt chanteurs folk, tantôt chanteurs musiques traditionnelles sont tous rentrés dans la catégorie folk un peu partout dans le monde qui répond au doux nom de …musique traditionnelle en France. Cet exemple anecdotique trouvé dans iTunes n’est pas propre à la firme de Steve Jobs mais résume bien les problématiques qui tourne autour des genres musicaux.
On pourrait penser que le numérique aurait mis au placard ces satanées « genres musicaux » certes pratique mais très enquiquinant à utiliser. En effet, les réseaux P2P, n’accordent que très peu de place au genre musical. Alors, côté marché en ligne, on se doit de multiplier les filtres pour favoriser la recherche de la musique. Quand on ne connaît pas le nom, on doit bien avoir un moyen de découvrir ou retrouver un artiste ou un titre. Nom, prénom et genre, c’est donc le minimum syndical.


On Prend les mêmes et on recommence

Le casse-tête des genres musicaux n’est pas nouveau. Déjà en magasins, plusieurs cas de conscience entament les chefs de rayons. Deux options se proposent à eux.
Soit on minimalise le nombre de genre, un truc du genre Classique, musique du monde, Jazz, variété, rock, Rap Hip-Hop et electro.
Soit on sur multiplie les sous genres.


Dans le premier cas, on se retrouve avec quelques cas de conscience.
Où va le reggae ? Air et Tecktonik vol 4 dans les mêmes rayons ? Pink Floyd en Rock ou en Electro ?


La création de sous-genres vient palier ces manques pour une plus grande visibilité et pour éviter qu’un fan d’Evil-Metal farfouille dans un bac ou il peut trouver Coldplay ou Alanis Morissette. Vexé, le bougre ne reviendrait plus.

La multiplication des genres à un double problème.
Primo, en multipliant les genres, on multiplie les cas de conscience et ces artistes un peu crossroad qu’on ne sait plus où ranger.
Deuxio, en multipliant les genres, on réduit la visibilité. Trop de sous-genres tuent les sous-genres. Chacun y va de sa vision des genres musicaux.. Peu problématique dans un magasin, sur un marché très local mais sur un marché mondial…


Et justement, le marché numérique est mondial…V
ision nationale du marché (et des genres/sous-genres) et soucis de traduction, bienvenue dans le Babel de la musique mondiale !

A cela s’ajoute les évidences : la musique japonaise est musique du monde en Europe et musique folk ou pop et autre au Japon. Et oui, tout artiste étranger devient l’artiste de musique du monde ce qui pour double conséquence de créer la confusion dans le genre musique du monde et d’accroître sa taille. Carla Bruni en musique du monde outre-Atlantique. En opposition, Sharleen Spiteri (chanteuse pop de Texas) genre rock est classée en musique du monde en France sur l'iTunes Store ! C’est ça la nouveauté avec le numérique.

Et dans un marché mondial dominé par les stores américains, on arrive vite à une classification du marché répondant aux critères d’un seul pays, les Etats-Unis. Normal.
La musique latino est un genre majeur sur iTunes (communauté Latino aux USA oblige) alors qu’en France, en Allemagne ou en Angleterre, la musique Latino est un genre mineur. Les musiques de la même origines que les émigrés de ces pays sont naturellement les plus présentes en Europe sont bien plus populaires que la musique latine.
Succès d’1, 2, 3 Soleil en France, Tarkan (turc) en Allemagne et plus grosse consommation de musique indienne en Angleterre qu’en France.
A cela s’ajoute les projets crossroad qui piochent dans tout ce melting pop musical pour notre plus grand bonheur de nos oreilles et on obtient des Magic System, Titi Robin, Abaji, Asian Dub Foundation, Tiken Jah Fakoly et bien d’autres qu'ion ne sait plus trop où ranger.


Le marché numérique n'a qu'un seul filtre pour distiller les genres et les sous-genres ce qui ne fait pas l'affaire des marchés régionaux. Certes, chaque store multiplie les sous-genres pour satisfaire les marchés régionaux (french pop, musique allemande, dance) mais leurs intégration dans le modèle global du magsin numérique n'est pas toujours réussi. De plus, certains marché régionaux sont peu travaillé car pas assez rentable pour le store.
En effet, ces derniers n'ont pas forcément la visibilité qu’ils méritent
pour leurs développements(je vous invite à voir le peu de place disponible pour les artistes de variété grec sur l'iTunes Store Grèce).
Enfin, il existe un véritable préjudice pour des sous-genres peu connu mais au potentiel international non négligeable.
Par exemple, la chanson française qui a un certain succès en Allemagne, dans les pays Anglo-saxons et au Japon mais aussi la J Pop qui surfe sur la vague manga au USA comme en Europe, et qui… paradoxalement, est invisible dans les principaux store (sauf bien sûr si l’on connaît les noms des groupes de jpop favori).
iTunes et consorts ont donc du pain sur la planche.


Vous l’aurez compris, pour vendre de la musique sur Internet, il faut penser comme un magasin mondial et comme dans un magasins de disques, c’est souvent les sous-genres et la musique spécifiques qui fait la qualité de votre magasin.
À la différence d’une grande surface, un disquaire sait proposer des albums spécifiques pour son public, un store en ligne doit pouvoir faire (au minimum) la même chose.

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