dimanche 7 septembre 2008

Pourquoi y-a-t-il moins de Fest Noz en Bretagne ?

fest noz à Guingamp, dañs fisel avec Carré Manchot - Photo de Skol-Louarn - Flickr

Je ne suis pas Breton (enfin pas encore) mais, pendant mes vacances en Bretagne, j’ai eu l’occasion de rencontrer des musiciens bretons qui m’ont longuement parlé de l’évolution des Fest Noz. L’histoire d’une évolution dans un secteur de niche. J’attends beaucoup des lecteurs bretons pour approfondir le sujet.


Les Fest Noz, fêtes populaires bretonnes où l’on exécute des danses traditionnelles sur de la musique live, sont en dangers.
Ces dernières fêtes populaires ont résisté pendant de longues années en sachant se renouveler musicalement et surtout en renouvelant son public. Fierté bretonne, traditions ancrées, véritable succès publics, ambiances conviviales, jeunesse du public, créations musicales, les raisons de ce succès sont nombreuses.

Mais voilà, depuis quelques années, les Fest Noz sont en danger ET CE N’EST PAS INTERNET ET LE TELECHARGEMENT PIRATES qui sont responsables de ce déclin.


Le modèle Fest Noz

La particularité du Fest Noz, c’est sa répartition géographique. Pas un petit village du cœur de la Bretagne n’a pas son Fest Noz. Une situation exemplaire en matière d’offre musicale sur le territoire.
Cette popularité et cette occupation exemplaire du territoire à un prix, celui de bénévolat. En effet, les soirées sont pour la plupart organisées par des associations. Bénévoles motivés pour préparer et organiser les Fest Noz. Côté musiciens, artistes amateurs et artistes professionnels cohabitent et touchent cachets pour leurs prestations. Le financement des Fest Noz repose sur un lieu emblématique en France et particulièrement en Bretagne, le bar.

Comme dans beaucoup de salles de concert, c’est le bar qui finance les musiciens et les quelques frais de ces Fest Noz très cheap, car organisés le plus souvent dans un cadre associatif.


Le déclin à 0,5 grammes

La lutte contre la délinquance routière a eu pour conséquence la multiplication des contrôles d’alcoolémie. Ce simple fait a porté un coup quasiment fatal aux petites associations organisatrices de Fest Noz. Conséquence, moins de concerts pour un large panel d’artistes et une concurrence âpre pour décrocher une place sur les Fest Noz mieux financés, payants et dans des plus grandes villes…
La conduite en état d’ivresse est malheureusement un mal français très tenace en Bretagne. breton. Pour l’anecdote, j’ai glané dans Presse Océan les résultats d’un contrôle de routine organisé un jeudi 21 août entre 15h et 17h. plus de 10% des conducteurs étaient au delà des 0,5g d’alcool dans le sang. La moyenne nationale est à 2%.

Aller à Fest Noz sans boire un coup, ce n’est pas pensable. Financer un Fest Noz sans les retombées du bar, ce n’est pas viable.

La réduction des Fest Noz en zone rural commence à avoir des conséquences sur le renouvellement du public, m’expliquait un musicien amateur de Fest Noz de la région de Lorient.

Les Fest Noz sont donc en pleine mutation. D’un côté, les groupe doivent faire preuve de plus d’originalité, de talent et d’obstination pour avoir des Fest Noz à jouer. De l’autres, les organisateurs doivent réinventer le Fest Noz en le faisant plus artistique, plus patrimonial ou plus touristique.


L’avenir dans tout ça ?

Très présent ces dernières années en Bretagne, le Fest Noz est en recul dans la région mais, paradoxalement, s’exporte de plus en plus. Il n’est plus rare de voir des communes de tailles moyennes organiser des Fest Noz, surtout la façade Atlantique, dans les pays de Loire mais aussi bien plus au sud et à l’étranger. Avec le Fest Noz, c’est un peu de culture bretonne qui s’exporte.

Pour les groupes, le web devient incontournable pour se faire connaître.
Enfin, les associations de Fest Noz modifient la donne. On produit moins de fête populaire et l’on s’attache plus à la qualité musicale, à l’histoire et au côté patrimonial du Fest Noz. Fini donc les chanteurs saoul comme des cochons arrivant à peine à faire trois notes pendant le Fest Noz.



Ethylotest m’a tuer pourrait dire le Fest Noz. En fait, l’augmentation des contrôles d’alcoolémie sur les routes a modifier le cadre traditionnel du Fest Noz tout en augmentant la durée de vie des bretons en contre partie. Ce que perd la Bretagne en singularité et en tradition populaire, elle le gagne en reconnaissance et notoriété nationale et internationale.

Comme l’industrie du disque en général, les Fest Noz sont à la recherche d’un nouvel équilibre.

Quand à vous, si vous n’avez jamais fait de Fest Noz, musclez vos petits doigts et tentez l’aventure car à mon goût, le Fest Noz est la plus conviviale et accessible fête traditionnelle régionale.

3 commentaires:

Sylvain a dit…

En Haute-Bretagne (comprendre Bretagne de l'Est), les fest-noz attirent 2 types de personnes. Les piliers de bars du coin (vu que c'est souvent dans des petits villages) ou bien les gens qui ne sont pas d'origine bretonne. Breton depuis un bout de temps, je n'ai jamais assisté réellement à un fest-noz. En revanche, j'ai des amis d'origine étrangère qui fréquentent régulièrement...

Frédéric Neff a dit…

Un peu caricatural. On peu diviser le public local en 2 catégorie, le pilier, au bar qui tiens les boissons au chaud et les "bretons" qui viennent pour la fête, la musique, la danse, la fierté bretonne.
Ils boivent aussi. Même les musiciens boivent et même des fois trop pour jouer ;-)

Sylvain a dit…

Les non-bretons :)