jeudi 27 mars 2008

Naïve passe à TV

Jeudi 27 mars à 14h30, l’émission de Jean-François Zygel, diffusé sur France 2, a eu une visibilité web sur un (futur) nouveau site : alternaïve.tv.
Jean-François Zygel nous dévoile tous les secrets du concerto pour orchestre de Bartok, avec l’orchestre philharmonique de Radio France sous la direction de Myung-Whun Chung.
La nouveauté n’est pas là, le scoop, c’est l’apparition d’alternaïve.tv, nouveau venu dans le petit monde de la musique classique on line.

Alternaive.tv

Alternaïve.tv (ou alternaiive, les deux écritures semblent être correctes) n’est pas le nouveau site internet Naïve mais un « média musique » réalisé en partenariat avec les productions Camera Lucida.

Le site est prévu pour le 8 septembre et les objectifs sont déjà annoncés :
“Pour créer de nouveaux liens entre artistes et public
Une autre manière de voir, produire et écouter la musique classique”

Les informations sur ce projet sont rares :
“Des concerts en direct, des répétitions, des interviews, des news…
Alternaïve.tv est un site dédié et ouvert à tous les artistes qui font le classique d’aujourd’hui et de demain.
Une programmation conçue par une équipe éditoriale autonome, en totale collaboration et co-production avec les artistes”.

A priori, l’enseigne Naïve s’oriente vers le média comme Abeille Musique avec Qobuz (un site de téléchargement avec une grande part consacré à l’information musicale et autres).

Quelle sera la vocation de ce site ?
Est-ce un concurrent direct à Medici Arts qui a diffuse régulièrement des concerts de musique classique en direct et en VOD ?
Quels sont les objectifs d’alternaïve.tv ? Les services seront-ils gratuits ?
Autant de questions qui trouveront des réponses les mois prochains

A suivre….

mercredi 26 mars 2008

MusicMe fait peau neuve


Nouveau graphisme, nouvelles fonctionnalités pour ce site d’abonnement en français.

On risque de beaucoup parler d’abonnement avec les projets d’Apple et de Nokia, alors voici un petit tour d’horizon avec aujourd’hui musicMe.

MusicMe propose deux formules d’abonnement. Une écoute en streaming à 9,95€ par mois, un peu cher face à Last.FM et Deezer mais plus souple que ces formules gratuites.
La formule à 14,95€ permet le téléchargement en illimité à 192kbits/s mais en WMA avec DRM. Comme l’indique le site dans les conditions générales de ventes, le téléchargement n’est actif que pendant la durée de l’abonnement. Protégé par un DRM, seul 3 postes différents (ordinateurs et baladeurs compatibles). La gravure est interdite.
Le Service musicMe téléchargement illimité est constitué d'albums et de titres identifiés par « Téléchargement illimité » que l'Abonné peut écouter de façon illimitée pendant la période d'Abonnement, en cliquant sur l'icône "Téléchargement illimité " se trouvant en face du titre choisi.

Ce Service nécessite une machine sur laquelle est installé Microsoft Windows Media Player en version 10 et plus, ainsi que l'application Gestionnaire de téléchargements musicMe. En ce qui concerne l'exploitation des fichiers sur baladeur numérique, elle nécessite un matériel compatible WMA (Windows Média Audio) DRM 10 Subscription.
L’offre de musicMe peut être intéressant mais reste techniquement limitée.

Toutefois, la V2 de musicMe ne manque pas d’atout.
Elle met l’accent sur les services et l’interactivité. Homepage modulable, accès aux vidéos des artistes en HD (via Dailymotion), biographies (en provenance de wikipédia), concert (en provenance de concertandCo.com) viennent compléter l’offre. Artistes similaires, playlist, mise en avant d’un premier album, enchère en direct sur eBay de l’artiste en écoute ….Un large panel de service avec le très futile (mais on est tous fan) musicMe Air. On voit en direct les 3 derniers morceaux écoutés par les internautes.un shuffle grandeur nature où l’ont peut voir Lorie, Mireille Mathieu et Madonna partagé la même fenêtre. J’adore !


On regrette l’absence de champs recherche par label, mas c’est juste pour titiller.

Agréable, complet avec 3 millions de titres, musicMe propose une vraie valeur ajoutée par rapport à la concurrence. Là où Starzik se démarque par l’interopérabilité, les petits prix et la possibilité d’accéder à la VOD aux jeux et aux logiciels, musicMe offre un service 100% musique assez complet mais malheureusement en WMA pour le téléchargement.

Des players tout partout

Je vous en avez parlé il y a quelques mois. L’agrégateur français Believe met en donc en place une nouvelle génération de player.



Exportable, copiable à l’infini, disponible sur Myspace, ces players ont pour vocation d’offrir une vitrine aux artistes : Visuel, extrait son de chaque piste et lien vers les sites de téléchargement, le package de base.

Avec une page dédiée par album, Believe a rendu "plus sexy" ce minimum avec un panel d'offre pour accompagner la musique. Sur cette page, plusieurs champs sont disponibles : biographie, photos, interview, actu et vidéos. Malheureusement, seul les players sur myspace ont un lien vers la page de l'album...

Believe fournit les outils pour développer l’éditorial autour des albums. Labels et artistes enrichissent eux-mêmes leurs pages.

Plus la page est informée, plus l’internaute est satisfait et moins il quittera la page pour chercher les données qu’il cherche. A tout moment et en un clic l'inernaute peut télécharger le titre ou l'album sur le site de son choix.

Sur cette pagae, il n'y a pas de communautaire avec des "friends" partout comme sur Myspace. L'internaute est juste sollicité par la note de l’album (en étoile). Il ne peut pas laisser de commentaires comme sur Amazon et la majorité des sites de téléchargement.

La promo web 2.0.
On trouve le standard de promo web par liens associés : les autres albums de l’artiste, les goûts similaires des autres internautes et même, les autres albums du label (voir tous les album de...dans cet exemple). Cette fonction offre une vraie vitrine numérique aux labels : avoir en un coup d'oeil toute sa production.

On note la présence d'un onglet "gratuit" inactif sur Mathias Duplessy.
Un titre offert est très difficile à négocier sur les sites de téléchargement (voir impossible sur iTMS). L’onglet « gratuit » permet donc d’offrir un morceau aux internautes en échange d’une adresse e-mail.

Ici, l’artiste et le label peuvent financer eux-mêmes le (ou les) titres en téléchargement gratuit.

Enfin, ce player est disponible en cinq langues…..Si si ! Ne cherchez pas à changer la langue du site Believe, les autres langues ( anglais, allemand, espagnol et italien) apparaissent suivant votre adresse IP.
Donc, pour la majorité de mes lecteurs francophones, ce lien sera en français, pour les autres, il sera dans la langue associée à son adresse IP. Enfin, pour le reste du monde, c’est l’anglais par défaut. Malheur donc à celui qui ne fournit pas d’élément en anglais !

Ce complément de Myspace et de site d’artiste et/ou de label offre un panel d’outil promo et marketing facile à utiliser. Un moindre mal pour un agrégateur de plus en plus sollicité sur la promo et la visibilité de l’artiste.

Bon, côté site Internet, je laisse les professionnels du site Ergophile pour décortiquer les avantages et les inconvénients de Believe.fr. C’est noir, lisible mais pas vraiment original.
Sans être un site communautaire ni un site de téléchargement, la nouvelle version de believe.fr devient une véritable vitrine numérique animée par les labels et les artistes eux-mêmes.

C'est quoi la prochaine étape ?

jeudi 20 mars 2008

Vers une promo-marketing 2.0 sur iTMS ?

Décidément, la firme à la pomme croquée n’en finira pas de nous surprendre.
En flânant sur iTMS Deutschland, le groupe de rap allemand Fettes Brot fait la homepage. Rien de bien surprenant. Sur iTMS France, on trouve bien le chanteur Raphaël. Par contre, quand on clique sur a tête du chanteur français, on tombe sur une page très classique pour les habitués d’Apple.

Raphaël sur iTms

Attachez vos ceintures, voici ce qu’un utilisateur allemand peut voir avec ce groupe pourtant très régional (le rap Allemand, c’est moins facile à exporter qu’un chanteur « né dans une caravaaaaane »)

Fettes Brot

Fettes Brot


Vous ne rêvez pas ! Une page entière aux couleurs de l’artiste, des playlists thématiques à gogo, une charte graphique qui englobe toute la page d’iTMS. Une première.
Le plus inédit, c’est le lien direct vers le site des artistes (en bleu en haut à droite sous le nm de l’artiste). Je vous rassure, il est impossible d’acheter de la musique (même un physique) sur le site du groupe. Par contre, T-shirt, casquettes et autres places de concerts sont disponibles sur le site des artistes. Vous l’aurez compris (même si vous ne parlez pas allemand), la musique, c’est numérique et Apple, le reste, c’est via le groupe.

Alors enfin, la faille est ouverte. On peut faire jouer du graphiste et du marketeur. Cet espace vierge et tristouille que nous offre les sites de téléchargement prend un peu de couleur, d’originalité et peut enfin prendre figure musicale.

Phénomène éphémère ou vrai point de départ d’une nouvelle tendance ? A vous de juger.

mercredi 19 mars 2008

La Tecno Brega invente un nouveau modèle économique

Le documentaire de Renaldo Lemmos, Good copy bad copy, nous présente un nouveau modèle économique.
C’est au Brésil, au Nord du pays à Belem mais aussi à Sao Paulo que ce nouveau modèle est apparu. Il concerne un genre musical, la Tecno Brega (mélange de musique des années 80 avec du « Chessy beats »). Pour vous familiariser avec la Tecno Brega, je vous conseille la star dans son domaine, Banda Calypso.

Le principe est simple. Des producteurs et des artistes remixent des titres produits pour la plupart aux USA ou en Europe. Des samples de musique sont ajoutés pour créer un nouveau morceau.

Après le mixage du titre final, le morceau est distribué aux vendeurs de CD. Ces vendeurs ambulants font eux-mêmes les copies. En contrepartie, ils gardent l’intégralité des bénéfices. Les titres sont vendus sur CD ou sur CD MP3. La vente se fait dans la rue.L’artiste comme le producteur ne touchent pas un centime sur ces ventes.
La semaine suivante, comme chaque week-end, le sound system arrive en ville. 5000 entrées payantes sont là pour danser sur les titres mixés ou regarder le remix joué en live. L’argent se fait avec ces « aparelhagem ».
Au Brésil, dans les rues de Sao Paulo et Belem, le CD n’est qu’un outil de promotion pour les concerts de Tecno Brega.Dans ce modèle, les remix sont faits sans que les ayants droits ne touchent un centime et soient sollicités. 100% illégal donc. Toutes les stars sont prises, de U2 à A-HA en passant par Queen.
« Les artistes ici ne veulent pas faire de l’argent avec le copyright mais faire de la scène et en vivre » résume DJ Dinho dans le reportage.

Ce modèle, né dans un pays en pleine mutation économique, est fort intéressant. Ce même Brésil avait subi à la fin des années 80 un ralentissement des ventes avec l’apparition du CD. Trop cher pour le panier moyen du brésilien, le CD n’avait pas connu un taux de pénétration satisfaisant.
Ce modèle économique ne demande pas de gros investissements et surtout, ce modèle fait preuve d’une très grande réactivité face au marché et au public : une à deux semaines pour enregistrer un mix et rentabiliser le titre avec un « aparelhagem »Ce modèle répond aux attentes du public. Le cœur de la Tecno Braga est la danse, les soirées sound System avec DJ et artistes en live. Le CD est donc à juste titre l’outil de promotion idéal pour connaître ce qui va nous faire danser le week-end end suivant.

Enfin, malgré l’absence de respect du copyright et des ayants droits, ce système a l’avantage de maintenir une création régionale, dans un style de musique répondant à une attente locale en créant un dynamisme avec les multiples concerts.

Un même modèle en Europe ?

Il est difficile à imaginer ce système en Europe. Tout d’abord, ce modèle est difficilement adaptable à un autre genre musical que le très dance floor Tecno Brega.

Pour la promotion de musique dédiée à la danse comme le Tecno Brega, le CD, comme outil de promotion serait trop cher, pas adapté et dépassé. Par contre le MP3 répondrait mieux aux attentes des consommateurs. Ensuite, la tradition de droits d’Auteurs et l’ensemble de structure de gestion des ayants droits ne permettraient pas l’essor de genre de modèle, du moins, pas sans respect des ayants droits.

Par contre, une formule légale pourrait voir le jour. MP3 à télécharger sur le site d’une salle de concert ou en complément de l’achat d’une place. Pour la musique dancefloor, un téléchargement en bluetooth sur le dance floor même financé par le club…

Autant de solutions à inventer permettant une rémunération des ayants droits par un tiers, utilisant le cadeau « musique » pour la promotion d’un événement en live.

vendredi 14 mars 2008

L'enfer des métadonnées, épisode 1


Rien de pire pour un site de vente en ligne de ne pas prendre les accents. Ridicule me diriez-vous ? C'est pourtant la dramatique réalité sur le site de fnacmusic.
Une requête avec un accent ne prend pas compte de la lettre accentuée.
Si vous cherchez Christophe Maé, le moteur de recherche Fnacmusic cherchera Christophe Ma et vous arriverez à la page ci-dessus.

petit jeu : mais pourquoi cette page ?

mardi 11 mars 2008

Les victoires Universal de la musique


Rendez-vous incontournable depuis maintenant 23 ans, les Victoires de la musique ont récompensé les meilleurs artistes de l’hexagone pendant une émission marathon orchestré par Nagui, le monsieur « musiques actuelles » du service public.


Et le vainqueur est …

Sur les 15 trophées décernés cette année, 9 ont été raflés par Universal dont les deux doubles vainqueurs, Renan Luce et Vanessa Paradis et un doublé pour Atmosphériques.
Second, le groupe Warner, avec le label Because et le label indépendant Tôt ou Tard prend 4 victoires. Enfin, Sony et EMI sauve l’honneur avec une victoire.

Groupe ou artiste interprète masculin de l'année :
Abd al Malik, Atmosphériques / Universal
Groupe ou artiste interprète féminine de l'année : Vanessa Paradis, Barclay / Universal
Artiste/groupe révélation du public de l'année : Christophe Maé, Warner Music France
Groupe/artiste révélation scène de l'année : Renan Luce, Barclay / Universal
Album révélation de l'année : "Repenti" (Renan Luce), Barclay / Universal
Album de chansons/variétés de l'année : "Divinidylle" (Vanessa Paradis), Barclay / Universal
Album pop/rock de l'année : "L'invitation" (Etienne Daho), Capitol / EMI
Album de musiques urbaines de l'année : "Chapitre 7" (MC Solaar), Warner Music
Album musiques du monde de l'année :
"Yael Naim" (Yael Naim), Tôt ou Tard / Warner Music
Artiste de musiques électroniques ou dance de l'année : Justice, Because Music / Warner
Musique originale de cinéma de l'année : "Arthur et les Minimoys" (Eric Serra), ULM/ Universal
Chanson originale de l'année :
"Double je" (Christophe Willem), Colmobia / Sony BMG
Spectacle musical/tournée/concert : Michel Polnareff, artiste produit Polydor Universal
Vidéoclip : "1234" (Feist), produite par Polydor / Universal
DVD musical :
"Le Soldat Rose", Spectacle disponible en CD et DVD chez Atmosphériques / Universal


C’est quoi populaire ?

Toucher le tout public. Récompenser les artistes les plus sollicités et les plus appréciés du public. Evidement, à ce jeu là, ce sont les majors, champions en la matière, spécialiste de la promotion et du marketing qui raflent tout. D’ailleurs, elles occupent déjà plus de 90% des sélectionnés. Mais à ce jeu-là, pas de surprise à qui lit le Top IFOP chaque semaine. On peut regretter aussi de voir des artistes récompensés tardivement dans leurs carrières…

Le problème des Victoires est peut-être là, vouloir faire populaire. Toucher la plus grande majorité du public avec les artistes les plus en vogue. Un système qui a ses limites comme le disait le regretté Pierre Desproges à propos de la démocratie :

C’est la victoire de Belmondo sur Fellini. (…) La démocratie, c’est quand Lubitsch, Mozart, René Char, Reiser ou les batailleurs de chez Polac, ou n’importe quoi d’autre qu’on puisse soupçonner d’intelligence, sont reportés à la minuit pour que la majorité puisse s’émerveiller dès 20 heures 30, en rotant son fromage du soir, sur le spectacle irréel d’un béat trentenaire figé dans un sourire définitif de figue éclatée, et offrant des automobiles clés en main à des pauvresses arthritiques sans défense et dépourvues de permis de conduire. Equation délicate. Toucher un maximum de personne avec des styles et des artistes totalement différents et ne touchant pas le même public. Titiller la curiosité des spectateurs ? Miser sur la qualité plutôt que la notoriété ? Plus de glamour et de stars ou plus de bonne musique ?

Et l’avenir ?


« (R)évolutions nécessaires pour les Victoires ? » questionne Musique Info Hebdo. Une chose est sûr, quelque chose ne fonctionne pas, ou plus dans cette formule.
Alors, quel avenir pour cet événement, la disparition pure et dure ? Un gâchis. Surtout que le problème se cristallise sur les victoires de la musique alors que celle du Jazz ou du classique se portent plutôt bien.
Basculer vers une offre plus ciblée comme les NRJ Music Awards ? Sans intérêt. La place est déjà prise et l’événement s’enfoncerait dans une congratulation de top 50 sans peu d’intérêt.
Modifier les catégories ? Oui avec pourquoi pas une catégorie révélation Internet .
Intégrer Internet et la téléphonie. Bonne idée. Ça donnerait un peu de nouveauté et de fraîcheur à la bande traditionnelle d’éditeurs et producteurs qui, par excès d’anxiété, n’arrive plus à profiter de l’ivresse du champagne qui coule à flot en Backstage.
Plus d’imprévu ? Of course. Un peu de rebelle façon Dionysos et les Wampas qui, il y a 3 ans avaient enflammé le Zénith. Un peu de fraîcheur et d’inattendu dans cette cérémonie officielle, c’est un minimum. C’est de la télé quand même.
Plus d’indé ? Il le faut. Un prix tremplin « scène » décerné à des indés ou des premiers albums apporterait son flot d’album pop, électro ou rap si loin de la variété récompensée mais tout aussi populaire dans les oreilles des français.

Conclusion

Les Victoires de la musique
tentent de faire briller les étoiles dans le ciel couvert du dépressif marché du disque. Par contre, la création, l’innovation reste le parent pauvre. On s’accroche au trophée pour arracher une tête de gondole, confirmer et prouver le talent, le succès ou la réussite de son artiste.
Oser s’éloigner des Charts alors que le palmarès des victoires est déjà une prise de risque énorme pour la TV ? Cruel dilemme.

Enfin, les étoiles ont brillé cette nuit-là. sourires, larmes, discours, remerciements, le minimum syndical. Mais l’étoile la plus brillante avait une forme de pomme. Les deux musiques utilisées en publicité par la firme Apple ( 1234 de Feist pour l’iPod Nano et Yaël Naim pour l’Apple air) ont fait carton plein. 100 % de réussite.

Décidemment, y a toujours du Apple quand on parle de succès en musique.

mardi 4 mars 2008

Baisse de prix contre baisse des ventes


Le numéro 467 de musique info Hebdo relevait l’information suivante :

« Sony BMG baisse le prix de ses disques. »
En effet, le back catalogue sera disponible à moins de 10 € (9,99€) pour un PGHT (Prix de Gros Hors Taxe) passant de 7,52€ à 5,84 €.
Pour le consommateur, une baisse significative de 12,99€ à 9,99€.
L’objectif de Sony est d’en finir avec un back catalogue qui fait le yoyo entre deux périodes de soldes.

Vendeurs et distributeurs perdent donc un peu de marge « qu’une augmentation de 30% des ventes pourra rentabiliser. » selon Christophe Langris, directeur de l’exploitation du catalogue Sony BMG.
Le prix du CD est un des sujets de discorde dans le monde de la distribution. Pourquoi les disques de fonds des catalogues sont-ils plus chers que les nouveautés ? Pourquoi la France a-t-elle le record d’Europe du disque de back catalogue le plus cher ? Pourquoi, en règle générale, cette politique du yoyo des prix ne concerne que les majors ?

En uniformisant ces prix, Sony BMG fait un premier pas vers une harmonisation des prix. En effet, plus que le téléchargement, les variations de prix de 9,99€, 15€, 6,99€, 20€ pour un même disque sur une même année n’est un service pour personne. Ni pour le consommateur qui se sent volé, ni pour les distributeurs qui n’écument pas leurs stocks et rognent leurs marges sur ces opérations qui ne sont cohérentes qu’avec une grosse quantité, ni pour les points de ventes qui passent pour des voleurs quand ils mettent un disque à 20 € (acheté hors taxe 14€).

On peut donc se réjouir de cette initiative même si, paradoxalement, Sony ne renonce pas à des prix soldés (à 6,99€ et 4,99€ et peut être moins.)


Il reste fort à parier que les autres distributeurs et labels vont suivre. Mais qui pourra suivre ?
Aucun risque du côté des majors : plus le catalogue est gros, plus l’augmentation de 30% de vente indispensable pour rentabiliser la baisse de prix sera possible, surtout avec des albums en magasin à 20€. Le test réalisé par Sony montre que cette politique entraîne une augmentation des ventes de 30 % à la Fnac et jusqu’à 76% sur Amazon.
Deuxième avantage pour les éditeurs et producteurs : vider les stocks qui coûtent cher. Aller jusqu’à l’épuisement des stocks et vendre en téléchargement sur internet les titres épuisés.

Mais voilà, tout le monde ne peut pas suivre. Les labels et les distributeurs indépendants n’auront sûrement pas suffisamment de fond pour lancer ce genre d’opération. La politique du « prix stable » est déjà bien implantée chez les indépendants qui ne cessent depuis des mois de baisser leurs prix. Pas de yoyos donc et une tendance à la baisse. Par exemple les disques du label Alpha coûtaient en 2004 22€ en magasins quand je travaillais comme disquaire et sont disponibles à 19€ aujourd’hui.
Avec une baisse de 14% en 3 ans contre 24% en un coup pour Sony, la solution semble moins évidente pour les indépendants.

Enfin, cette politique de baisse de prix risque d’avoir des conséquences inattendues sur…le numérique !
L’album en téléchargement à 9,99€, soit le prix d’un CD, pour un fichier son de moins bonne qualité, sans le livret et sans l’objet, est plus difficile à défendre. C’est encore moins cohérent sur les albums de back catalogue disponible à …..6,99€ en téléchargement !

Aie ! Le transfert du physique au numérique souffre d’une crise de valeur. Cette politique de bas prix risque de ralentir le développement en prenant moins de valeur.

La valeur du phonogramme numérique ne connaîtra pas de croissance. Coût de copie nul, produit non rival, absence de rareté avec le numérique… A priori, on tend vers une baisse du prix du morceau digital et des modèles d’abonnement. Redonner un peu de vie au CD avec une baisse de prix peut paraître positif.
Pourtant, face à la réduction des espaces des ventes et du nombre de magasin, la multiplication de la VPC pour les CD, l’augmentation à venir des coûts pour la fabrication (en faire moins) le stockage et la livraison (moins de réduction à grande échelle car moins de quantité), l’avenir du CD ne s’oriente pas vers un prix plus bas mais bel et bien vers un prix plus élevé.
On note déjà cette volonté d’offrir un CD objet de qualité dans bon nombre de labels de musique classique ou de musique du monde. Bonus, beaux papiers, photos de qualité, livret complet, généralisation du digipack…Voici l’évolution d’une partie de la production, fabriquant des CD de qualité pour une cible de passionnés et de collectionneurs : vendre de la qualité et de la rareté.

Cette politique du bel objet n’est pas propre aux secteurs de niches. Trent Reznor sort le dernier album de Nine Inch Nails : 100 % instrumental, avec des offres numériques gratuites ou à 5$ et des coffrets collector de 75 à 300$ !
Idem pour le coffret du dernier album de Radiohead à 60£.


Alors, la baisse des prix est-elle vraiment la solution la plus adaptée ?
Peut être pas, mais elle est la transition indispensable pour un changement de modèle. Vider les stocks avant de changer d’ère. La fin du CD comme objet d’accessibilité à la musique. Dépassé par le numérique dans sa mission de démocratisation de la musique, le CD va devenir un objet de collection plutôt qu’un objet de consommation courante.

Décidément, l’industrie du disque n’en finit pas avec les paradoxes et les contradictions. C’est ce qui fait aussi son charme.