lundi 30 mars 2009

Les artistes à l’Odéon pour la loi Hadopi

Lundi 30 mars, Théâtre de l’Odéon, une soixantaine d’artistes du cinéma et de la musique, à visage découvert, ont défendu la loi Hadopi devant un parterre de journalistes..
Très vite, les débats ont fait abstraction des problèmes liés à la technique (wifi, clé WEP,piratage de ligne, coupure ou amendes) pour s’intéresser à l’esprit de la loi, le pourquoi Hadopi.

Majors comme indépendant étaient présents, jeunes artistes comme « artistes reconnus » se partageaient la scène : Tété, Sanseverino, Alain Chamfort, Christophe Maé, Agnès Bihl, Renan Luce, Didier Lockwood, Arthur H, Ridan, Bertrand Burgalat, et bien d’autres été venu ajouter leurs soutiens à loi.

« on passe pour une grosse bande de bourgeois qui voudraient faire attention de ne pas se faire voler quelques trucs , mais c’est pas ça ». commence Sanseverino le visage fermé, « le téléchargement est devenu logique ».
C’est donc la défense du droit d’auteur que souhaite mettre en avant ces artistes .
Derrière ces revendications,s on sent une grosses fatigue. Une incompréhension avec le public et les internautes.
Comme des lapins pris dans des phares, les artistes ne comprennent pas la violence et les réactions du public suite à leurs prises de position. Qu’avons-nous fait de mal ? Réclamer un droit, le droit d’un travail, leur travail ? Avoir vendu plusieurs milliers de disques ? Faire un métier qu’ils aiment ? Ce qui est légitime pour les autres professions ne l’est pas pour les artistes ?

« L’équilibre économique de la création est fragile » rappelle Bertrand Burgalat du label indépendant Tricatel. « je défends le point de vue des gens qui vendent peu de disque. Les productions sont chères et peu rapportent » rappelle le producteur. « Avant Internet, la Musique déjà étaient dans une situation difficile ».


Didier Lockwood surenchérit. « le jazz n’est pas téléchargé mais il n’est pas distribué, ne passe pas à la radio, ne passe pas à la TV ». « On préfère la rentabilité à la création » se plaint le violoniste de jazz. La musique, « ce n’est pas rationnel ». « on passe d’une éducation culturelle à une éducation du fric ».Un constat amer que le téléchargement gratuit ne rassure pas et rappelle que « Mettre une valeur sur une chose, c’est donner de la valeur au contenu, donner un sens qualitatif ». Bref, de l’incompréhension en pagaille, des craintes et un sentiment d’être lésé :
« C’est la déprofessionnalisation qui arrive » se plaint Agnès Bihl « les artistes n’ont pas le droit de faire le métiers qu’ils aiment et en vivre ? » Un risque de perte de qualité avec une perte des professionnels.

Enfin, la vraie crainte de ces artistes étaient de ne plus avoir le temps, le financement et les professionnels pour créer ce qu’ils souhaitent créer. « je ne défends pas mes revenus mais on défends mes amis musiciens, les métiers de la musique et les jeunes artistes » rappelaient Da Silva et Thomas Dutronc. Sans financement, pas de création et donc pas de diversité culturelle.
« Il y aura toujours de la production pour des disques rentables mais pas pour nous » résume Ridan. Ce ne sont pas les meilleurs qui resteront.

Le cas Da Silva


C’est sans aucun doute l’artiste Da Silva qui jeta un gros pavé dans la mare. Artiste Indépendant (signé sur Tôt ou tard), Da Silva na pas mâché ses mots
« les internautes sont manipulés , on divise tout. Gros artistes et petits artistes, Majors et indép, artiste et producteur» Da Silva se plaint du « manque de connaissance des internautes sur le système économiques » .
« On fait croire que les artistes sont des victimes, les producteurs des voleurs et les internautes des Robins des Bois ». pour rappeler que « mon producteur je l’ai choisit, c’est un partenaire, si il travaille mal, je le change mais je travail avec lui car j’ai besoins de lui »et d’insister sur le rôle de la production “je connait plus d’artistes qui souhaitent avoir un producteurs que d’artistes qui souhaitent les quitter”.
Production, développement, tournée, concert, bref tout l’investissement atour de l’artiste qui permet son succès et son existence. Et de rappeler « si je ne vend pas de disque, je ne fait pas de concert. Quand je n’était pas connu, je faisait aucune salle. Qui va payer le transport pour 10 personnes pour un concert devant 5 spectateurs ? »
Tout est lié. Le CD, la musique enregistrée n’est qu’un maillon de la chaîne. « je touche de l’argent quand je passe en radio, quand je vends un disque, quand je fait un concert, c’est la sommes de ces revenus qui me fait vivre »

Un avis différent de ce qu’on lit sur le net et un avis intéressant car c’est celui des principaux intéressés. Un avis sur le « pourquoi la loi Hadopi » et non pas sur sa mise en place et sa ribambelle de « c’est quand même fou que certains artistes n’osent pas donner leur avis en public de peur des représailles » raconte un des intervenants.
Ce qui m’a vraiment surpris, c’est le gouffre qu’il y a entre les internautes et les artistes. Attention, les artistes ne sont pas des technophobes comme j’ai pu le lire ici et là sur le net, non, ils savent utiliser le web pour la vente, la promo et la diffusion de leurs musiques et sont eux-même grands consommateurs de musique sur le web. (Agnès Bihl par exemple utilise un concours sur le web pour une de ses nouvelles chansons).
Les artistes sont de bonne foi. On les aime ou pas. On adhère à leurs positions ou pas mais, malgré tout, ces créateurs savent combien a coûté leur création, en temps, en effort et en investissement financier. Et sans leur autorisation, copier leur création n’est, à leurs yeux, que du vol. Rompre le lien entre un artiste et public pour une méconnaissance du partage sur le web et une méconnaissance du coût de la création, c’est sans doute le pire dommage collatéral que va nous procurer ces longs débats pour la loi Hadopi.

5 commentaires:

Fred a dit…

Je m'étonne vraiment des propos de Da Silva : "Quand je n’était pas connu, je faisait aucune salle". En principe on commence justement à se faire connaître en faisant des concerts dans de petites salles, bien avant de trouver un producteur et un label... à moins de sortir de la Star Ac.

Frédéric Neff a dit…

Ce que Da Silva disait c'est que le business du live n'est pas rentable si il est pis seul. Il a fait plein de concert mode "à l'arrache" en début de carrière. Plus il a eu de l'exposition, plus il a vendus d'albums, moins les concerts ont été "à l'arrache". Pris tout seul, le concert c'est avant tout de la perte d'argent tant que tu n'a pas une notoriété qui permet de rentrer dans tes frais.
C'est toujours le même problème du développement. Qui paye en amont pour que peut-être l'artiste rapporte en aval ?

Fabrice Epelboin a dit…

Heu... que dire de ces artistes là ? http://fr.readwriteweb.com/2009/03/23/a-la-une/les-artistes-anglais-contre-la-criminalisation-des-pirates/

Frédéric Neff a dit…

@ Fabrice. Ba qu'ils ont raisons. C'ets fou qua dans cette affaire personne n'ai trouvé choquant que Youtube bloque la diffusion des artistes UK en Angleterre.
L'initiative anglaise est bonne mais elle est anglaise. On a une culture de société civile et de législation en france, pas de libre entreprise (y a uq'a voir comment les artistes qui soutiennent ou s'opposent à la loi HADOPI n'arivent pas à se fédérer)
On ne change pas ça en 3 ans. Par contre, le music.uk comme le Featuring Act Coalition sont de véritable test grandeur nature qu'il faut suivre d'un bon oeil.

Bidibule a dit…

Ne perdons pas de vue en route que les artistes anglosaxons vivent aussi des réalités différentes de celles des artistes francophones . Le marché francophone est très réduit , très local. Est ce que les revenus générés par le streaming de titre ou clip sur myspace, youtube peuvent (sans même parler de se substituer à ceux du disque) être un moyen de financer la création dans le cas d’un artiste français ? Surtout si les droits sont repartis sur plus d’intervenants qu’aujourd’hui et c’est aussi ce que demande la Featured Artist Coalition…