vendredi 24 avril 2009

MaMA de Bourges #1 : les axes

Ce que vous avez raté au MaMA. Ambiance, citation, thématique. Retour sur le premier salon professionnel organisé au Printemps de Bourges.
Après deux jours dans un univers à forte dominante spectacle vivant, où les nouveaux acteurs du web ont brillé par leurs faibles représentations, retour sur les grands axes de réflexion du MaMA, liste non exhaustive..
La nouveauté, le nouveau frein du développement
Que se soit pour le live ou le disque, l’objectif est toujours de développer un artiste autour d ‘un projet artistique.
La visibilité média est de plus en plus difficile à avoir. On fonctionne sur un ancien système de promotion d’une nouveauté (album) dont le succès assoit la notoriété de l’artiste et permet le remplissage de la tournée. Actuellement, le développement d’un artiste se fait par le live. Du côté des médias, les journalistes présents se plaignaient à la fois d’un manque de place pour chroniquer, d’une impossibilité de promouvoir une tournée plutôt qu‘un disque et des pressions de certaines rédactions pour orienter les chroniques « vers ce qu’aiment les lecteurs ». Sans parler du manque de place dans les différents médias traditionnels.
Enfin, les aides à la production sont basées encore sur le disque. Très difficile pour un artiste d’avoir des aides pour une tournée. Sans live, pas de fond,de public et de notoriété pour faire un album. Et sans album, il est quasiment impossible d’exister médiatiquement et de faire une tournée.
Sur ce point, médias, artistes, producteurs de spectacle et de disque étaient unanimes.

Internet comme media
Internet (malgré la faible présence de professionnel du secteur) a souvent été au cœur des débats. Faiblesse des revenus étaient bien sûr au sujet. Le problème exposé pour la filière n’est pas, bizarrement, la pratique pirate : la filière n’adoube pas les P2Pistes mais préfère s’attaquer au cœur du problème.
Les sites de diffusion de contenus ne sont pas considérés comme des médias mais comme des hébergeurs de contenu. Impossible donc de « monétiser » l’audience réalisée sur Youtube, Dailymotion ou myspace comme une audience peut l’être sur une radio par exemple.
C’est bel et bien deux philosophies qui s’opposent. Une respectant le contenu et demandant, quelque soit le taux ou le modèle, une rémunération pour audience. Une autres, œuvrant pour la libre mise en ligne de contenus, générant des revenus pour l’hébergeur sans que l’ayant droit (major, label, artiste ou même utilisateur amateur) ne soient rémunérés pour son contenu. Quid de la valeur réelle et symbolique d’un contenu ? Où est le rapport de force : Le contenu apporte de valeur à l’hébergeur ou c’est le service de l’hébergeur qui apporte de la valeur au contenu ?
Est-ce qu’à terme la simple visibilité sur Internet justifiera-t-elle ce mode de partage peu favorable aux créateurs de contenu ? Et quel poids pour négocier face aux géants du web et des Telecom. ?

Les nouvelles missions des producteurs de concert

Le producteur de concert est de plus en plus au cœur de la carrière et du développement d’un artiste. Et lors du MaMA, les producteurs de concert ont mis le doigt sur une « injustice » qui les limites. Il n’y a pas de droit de producteur associés aux artistes. En d’autres termes, un producteur ne peut s’engager avec un artiste sur plusieurs années car seul un contrat de travail lie les deux entités. A tout moment, un artiste peut donc démissionner. Aucun contrat ne justifie une fidélité d’un artiste à une société de production de spectacle, bloquant ses structures en terme d’investissement sur le long terme. Et justement, avec la perte de terrain du disque, ces acteurs ont de plus en plus besoins d’investir sur du lon terme.
L’objectif est d’avoir des droits associés sur la production comme peuvent l’avoir les producteurs de phonogramme.
Dans quelles conditions ? Sous quelle forme ? L’idée d’un CNC pour la musique a encore fait son apparition.

360 : info ou intox ?
Le contrat 360 (un contrat pour l’exploitation de la marque artiste) a été aussi au coeur des débats. Cette forme de contrat pose à la fois des problèmes de compétences (association entre acteur existant car on ne s’invente pas éditeur ou producteur ou distributeur). Ce mode de contrat tend vers une concentration des acteurs au détriment des artistes. Un contrat unique pose les risques de dépendance pour l’artiste. Dans un développement de carrière, l’artiste se doit d’avoir une “stratégie 360″ en multipliant les partenariats gagnant/gagnant avec les acteurs les mieux adaptés à son projet. Pour l’instant, peu d’acetur français se sont lancé dans les contrat de type 360.

Le mythe de la gratuité
Que ça soit en ligne ou en concert, le mythe de la gratuité semble faire du tort à la filière. Le mythe de la gratuité ne concerne pas que la musique mais est un mythe de notre société moderne. La gratuité sur le web déprécient la valeur symbolique de la musique estiment certains producteurs (indépendants ou pas).
Quand au live, la gratuité se fait à deux niveau. Une explosion des concerts gratuit qui a un coût pour l’organisation et une gratuité des prestations… Cachet en réduction, rémunérations « douteuses » pour une prestation scénique. Qui payent quand le spectacle est gratuit ? est-ce toujours l’artiste qui fait la variable dans les politiques de cassage des prix du cachet ?
A cela s’ajoute la place de l’amateur sur scène sans avoir un dumping social vis à vis des professionnels.

La paupérisation du secteur
Baisse du revenu moyen des artistes, « classe moyenne » des artistes en baisse, le secteur subit une mutation, depuis 2003 et la modification du statut d’intermittent du spectacle.
Il y a 35 000 artistes musiciens et chanteurs en France en 2003 contre 6500 en 1986 . Pour ces 35 000 artistes, la réalisation d’un album n’est pas une obligation. Ils sont donc sur des revenus provenant en majorité du du live. 70% des artistes disparaissent au bout de 3 ans. Voilà la réalité de la « majorité » de la scène musicale rappelle Marc Slyper de la CGT.
Les 50 000 spectacles recensés par le CNV ne représentent que 15% des spectacles en France. 85% des spectacles ne génèrent pas ou peu de taxe du spectacle récolté par le CNV.
Cette micro-production scénique sur l’ensemble du territoire garantit une offre de divertissement sur le territoire dans un écosystème extrêmement fragile. Malgré les baromètres, le monde du spectacle est excessivement fragile et les tendances à la globalisation ne vont en faveurs de la filière ni à la faveur des revenus des artistes.

Le rôle des services publics et société civiles

Financer les structures ou les projets ? L’avenir de la filière passe-t-elle par une politique de financement en« mode projet ». Les sociétés Civiles doivent-elles donner plus aux gros événements ? Doivent-elles financer les entreprises pour assurer une offre mieux répartie sur le territoire ou bien doivent-elles financer les projets et le développement d’artiste au cas par cas ? Doit-on créer une nouvelle redevance pour financer la production ? Si oui comment ? Pour quelle répartition ?
Les débats sont ouverts et un clivage existe entre les petits acteurs associatifs à la recherche de soutient de collectivité territoriale, pour une offre de proximité et des acteurs plus nationaux aux besoins plus élevés pour une offre nationale et internationale. A noter la forte présence des acteurs publics locaux et territoriaux sur le financement de l’offre en spectacle vivant. UNe donnée à mettre en parallèle avec le secteur de production d’album très peu subventionné par le public.

En conclusion, tous ensemble, tous ensemble !
Il est apparu évident qu’il fallait, main dans la main, unir l’ensemble de la filière musicale pour défendre un réseau de distribution, de diffusion et de production, donc défendre des structures et des outils pour permettre la diffusion de musique et la création.
La part plus importante de la tournée et du live dans la carrière d’un artiste doit nécessairement être accompagnés d’innovation en termes d’économie, d’adaptation à la production, d’évolution des mentalités…bref, une bien longue aventure.

1 commentaires:

Bidibule a dit…

Très intéressant, puisque que l’on retrouve ici un grand nombres des interrogations du moment.

Pour apporter ma petite vision d’artiste en dev …Sans jouer sur les mots, je crois que le développement d’un artiste passe avant toute chose par sa musique. Après bien sûr il y a la problématique du « portage » de sa musique et de son univers artistique vers le plus grand nombre. C’est là justement où l’exposition médiatique très liée en effet a son actualité discographique , le live et son activité Internet sont des chemins, des outils. Et à chacun de faire sa route …souvent plus en fonction des moyens que des aspirations.
Lorsque que l’on parle du spectacle vivant, il est important de ne pas s’arrêter à la vitrine, mais de visiter un peu l’arrière boutique. Ce que sait très bien faire aujourd’hui la vitrine , c’est de vendre de l’artiste connu. Celui qui a été porté par un producteur , un disque et du médias. Alors bien sûr c’est à se type d’artiste qu’on va proposer du contrat et du 360, que les artistes en développement se rassurent ils ne se feront pas manger par Livenation , ni développer d’ailleurs. Pour eux , reste l’ auto 360 qu’ils connaissent déjà : aide toi , le ciel t’aidera …

Petite aparté : Je souhaite bon courage à ceux qui mise sur la case « Collectivités territoriales » pour le financement . Je crains que l’annonce ( ?) de la suppression de la taxe professionnelle qui peut représenter jusqu’à 80% du budget d’une collectivité entraîne fatalement une rationalisation de dépense dont les budgets culturels sont systématiquement les premières victimes.


La faiblesse des revenus générés par l’exploitation d’œuvres sur le net est aujourd’hui sur toutes les lèvres. Voilà un débat qui devrait si il tient ses promesses nous occuper dans les mois à venir …