mardi 16 août 2011

"Quand j'étais mort" Allain Leprest


Aujourd'hui, je n'ai pas de "sourire supérieur aux normales saisonnières". Allain Leprest est mort. il est "devenu du jazz dans le sax du bon Dieu" Ce n'est pas le cancer qui l'a emporté, mais lui même. Allain Leprest s'est donnée la mort le week end du 15 août dans l'indifférence générale la plus troublante. 
La chanson française vient de perdre un belle plume. Franc, entier, les textes de Leprest résonnaient comme un gavroche des temps modernes, le témoignage d'un Paris un peu crasseux, un peu alcoolique et résolument attachant, un comble pour un normand. On retrouvait aussi chez Allain Leprest la simplicité. La simplicité du quotidien comme dans "Quel con à dit ?" , la simplicité des mots qui mis bout à bout construisaient des monumentales chansons abordant tous les sujets, surtout ceux sont on ne trouve pas les mots comme sur "Arrose les fleurs" et "qu'a dit le feu qu'elle a dit l'eau" "tout c' qu'est dégueulasse"  qui portent de jolis noms ou l'improbable "quand j'étais mort".
Allain Leprest savait écrire. Poète, auteur, chanteur.... Voilà un bougre d'artiste qu'on ne savait ranger dans une boite. C'est peut être pour ça que le grand public le connait si mal.

J'ai eu la chance d'échanger quelques mots avec lui, ébloui par la patate scénique du bonhomme dans une petite salle de Saint Ouen.  "On m'avait dit que j'allais mourir dans 2 mois, et deux ans après plus je chante plus je vis". C'était pour la sortie de quand auront fondu les banquises et le titre éponyme qui réinvente avec plein de poésie la géographie post apocalyptique d'un Paris congelé et inondé.
Sa voix rocailleuse s'est éteinte. Il nous laisse ses oeuvres, et celles  qu'il a écrit pour d'autres en espérant que d'autre plume comme la sienne verront le jour. Je vous laisse avec un extrait de son dernier album, "Lue", un texte lue qui conclut "Chez Leprest Volume 2" où Olivia Ruiz, Anne Sylvestre, Clarika, Alexis HK, son compère Romain Didier, Amélie les Crayon, Kent, La Rue Ketanou et bien d'autres donne de leurs voix pour ses textes. 
L'album (que je vous conseille au passage) se termine avec, en piste cachée, ce texte lue par l'auteur dont voici la retranscription :
"Tu es lue par des lionnes
Lue comme un roman noir
Sous ma loupe ma lampe
et sous ma couverture
Mon héroïne, 
mon amante du cinquième art
Tu es lue

Je parcours dans mon lit tes ratures
Tu es lue
Entièrement
Complètement lue

Je te dévore des yeux
je me paye ta tranche
Tu te livres à mes doigts de papievore goulu
Et j'annote nos marges avec mon encre blanche

Tu es lue
Je pends au cou de tous tes signes
Pourtant je ne perçois de toi que des images
Si lue de la première à la dernière ligne
Je m'endort glissant en toi mon marque page
Lue

Lue si 
Tu es lue
Lue de la tête au pied
Couchée dans ma bibliothèque pirogue
Lançant par dessus bord tes dessous de papier 
Maintenant le suspense jusqu'à notre épilogue
Lue dans les coulisses du ghetto
Lue à la une des journaux militants des hebdos aux parfums
T'es à poil quoi
Dans une main qui tient la plume
Et tu laisses après toi 
Ton silence écrive "
Lues - Allain Leprest.