mardi 22 mars 2016

Apprendre à communiquer


Quand on parle de musique et d'Internet, on navigue en général entre deux types de positions. Les illimunatis du pouvoir des réseaux qui vous "libèrent" des intermédiaires aux septiques décrétant que le web ne sert à rien car il ne génère aucun revenu. Les premiers n'ont aucun exemple concret de réussite, les seconds parlent sans connaître l'économie de la musique et l'économie en ligne.
Dur, quand on est un artiste en développement de s'y retrouver dans ce magma passionnel et peu pratico-pratique d'ignorants étalant leurs visions et leurs fantasmes du monde.
Pourtant, depuis 9 ans peu de choses ont changé. Les débats sont toujours aussi passionnés mais tellement peu pragmatique et en lien avec le réel. Myspace, le meilleur site du moment qui devait remplacer les labels, est devenu has been. Les musiciens adoptent massivement Facebook et Twitter pourtant pas fait pour la musique. Le Cd n'est toujours pas mort et le téléchargement qui devait remplacer la galette est déjà sur le déclin. Bref, en 9 ans, il y a toujours plus d'incompréhension  entre le monde de l'innovation et celui de la musique, chacun pensant détenir la vérité absolue.

Et puis Emily Gounneau sort aux éditions Irma l'artiste, le numérique et la musique.

Et là, ça va déjà mieux.
L'artiste, le numérique et la musique n'est pas un énième bouquin qui compile les best pratice des sites réseaux sociaux à grand coup de Whaou et "trop génial" comme n'importe quel bouquin de première année de marketing.
L'artiste, le numérique et la musique n'est pas non plus l'assemblage de recette miracle qui marchent à tous les coups. Parce qu'avec les réseaux sociaux, c'est la singularité qui payent, ce qui rend toute recette impossible.  

Emily est arrivée à résoudre deux problèmes en moins de 180 pages. 
Tout d'abord elle pose le contexte dans une partie courte d'une vingtaine de pages mais qui justifient à elles seules l'achat du livre. Cette mise à jour de la situation, de Mysapce à Facebook, le rôle des réseaux sociaux, le rapport à instantanéité et à l'ennui de l'internaute, tout est là pour avoir une approche pragmatique de la situation.
Ensuite, elle apporte, clé en main toute la méthodologie pour créer sa stratégie, la mettre en place, la promouvoir et la monétiser.
Emily apporte au lecteur les atouts des réseaux sociaux sans les fantasmer mais sans nier les difficultés qu'ils incombent. Cet ouvrage est un véritable outil de travail pour tous les artistes ou les "entourages" de l'artiste qui participent à son développement et sa communication : être utile et efficace, réapprendre à donner du sens.
Et il y a urgence. Julien Soulié, lors de la présentation du livre à l'Irma rappelait que les taux d'adhésion aux différents réseaux des artistes du Fair :
100% Facebook
83% site.com
79% Soundcloud
73% Twitter
l'adoption à ces outils se fait de manière croissance mais pas toujours au service de l'artiste et de son développement. 

L'artiste, le numérique et la musique permet enfin de bien utiliser ces outils et de mieux communiquer sur ses projets sans perdre son énergie et sans courir aux gratifications immédiates et autres likes à chaque message publié.

"Quand on parle de consommateur sur internet on parle de plusieurs choses différentes. On ne parle pas que celui qui acheté mais celui qui écoute.  (...) ce qui compte c'est de savoir comment le consommateur est arrivé au contenu." explique Emily Gonneau.
L'artiste, le numérique et la musique est un outil pour construire sa stratégie autour de cette nouvelle approche, cette nouvelle acquisition du public.

L'artiste, le numérique et la musique 
Éditeur : Irma éditions • Édition : février 2016 •
Format : 16 x 24 cm • Pagination : 180 pages • prix : 28 €
 

mardi 1 mars 2016

le marché japonais de la musique



La RIAJ (Recording Industry Association of Japan) a publié les chiffres de ventes de la musique enregistrée depuis 1952.
Toutes les données sont visibles ici.
Comme un schéma vaut mieux qu'un long discours, voici donc le marché du Japon tous supports confondus en images.

Le marché de la musique en volume de 1956 à 2015

Le marché de la musique en valeur (en millions de Yen) de 1956 à 2015

Ce qu'il faut retenir

Le Japon est un marché sans commune mesure, par sa taille comme par sa segmentation. Focalisons nous sur le marché japonais sans faire de parallèle avec les marchés européens. 

  • Le vinyle est un marché de niche, représentant un volume très faible 
  • la cassette a eu une fin progressive contrairement au vinyle ou au CD
  • Que ça soit en volume ou en valeur, la courbe de vente et de revenu du CD est presque identique à la courbe totale entre 1988 et 2003. 

Regardons de plus près ce marché en volume et valeur sans les ventes de CD
En volume

En valeur
Sans surprise, les deux graphiques sont très proches

Toutefois ces données nous livre quelques éléments clés sur l'évolution du marché :
  • Le Japon a et continue de vendre du CD 3 pouces (des mini CD qui ont été vu qu'en promo en France) et possède donc encore un marché physique du single 
  • Les ventes de cassettes ont résisté plus longtemps que les vinyles. Ce support est toujours en vente (800 000 unités vendues en 2015) et génère même plus de revenu que les vinyles en 2014. en France au début des années 2000, on tentait de lancer la cassette 2 titres pour lutter contre les ventes 
  • Le vinyle n'a presque pas disparu. Si la France le banni en 1995, le Japon a continué la vente (et donc la production) avec 2009 et 2010 comme années les plus basses (à peine 100 000 unités vendues). Ce creux coïncide avec le développement du streaming. 
A l'échelle du marché globale, la croissance du vinyle (en 5 ans x7 en volume et x6 en valeur) est anecdotique. 
La chute rapide et vertigineuse du CD puis des autres supports a entraîner une réductions des points de vente.
En valeur, le marché est équivalent à celui de 1977 qui représente le haut de la courbe du marché vinyles pour le japon 
En Volume, l'année 2015 équivaut à l'année 1985, année de transition entre la généralisation du CD et et le déclin du vinyle face au profit de la cassette. 

L'avenir 

Marché de la musique en ligne au Japon en Milliers de yen 

Voici l'évolution du marché de la musique en ligne au Japon. ce qu'il faut retenir : 

  • la disparition du très rentable ringtone 
  • la croissance et la chute (tout aussi rapide) du téléchargement au titre 
  • l'augmentation du téléchargement d'album (bundle) qui se stabilise avec la croissance du streaming

Le streaming connait une forte hausse depuis 2013 et dépasse en valeur les revenus du téléchargement d'album,  La chute du téléchargement au titre et la courbe actuelle de croissance du streaming vont, dans un futur proche se croiser et le streaming va devenir la première source de revenu numérique. mais pour quelle valeur ? Là est toute la question et l'enjeu.

Conclusion 

Ce demi siècle de marché de la musique au Japon nous montre comment la musique est devenue un support populaire et un produit de consommation de masse. elle montre aussi comment une technologie peut dynamiser un marché au profit du support précédent. 
La musique sur support quitte la consommation de masse pour devenir un objet plus collector, plus précieux, plus rare et donc plus cher. Il bascule dans le marché de niche avec toutefois l'interrogation des points de ventes pour ce nouveau marché. Si le ventes vinyles augmentent, quid des points de ventes pour accompagner ce nouveau marché de niche ?
Toutefois, avec le numérique, la musique reste une pratique populaire accessible à tous mais sa valeur ne compense pas la baisse du marché physique. En 2015, le marché du numérique pèse 43 millions de yens sur un marché de 250 millions, soit l'équivalent en 2015 du marché des CD single...